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Moi, l’Autre et Ismène

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25.10.2026

Qu’il nous arrive, en grand fracas ou par la porte du dessous, frontalement ou tout doucement, petit à petit, de l’intérieur ou de l’extérieur de soi, il finit toujours par nous arriver, qu’on le veuille ou non : l’autre — avec grand A.

Il peut parfois surgir de l’intérieur, telle une part de soi, la fameuse « ipséité » de l’identité narrative, selon Paul Ricœur. Comme un personnage, jusque-là inconnu de soi, il nous trouve alors qu’on dormait tranquillement dans notre identité figée qui, elle, glissait sur sa ligne du temps comme si plus jamais rien n’allait la renverser. Un matin, on découvre soudain en nous des morceaux dont on ne se savait pas propriétaires, qu’on aurait peut-être préféré ne pas tenir ainsi dans nos mains surprises, qu’on aurait voulu recacher aussitôt sous le tapis. On se croyait « ainsi » ou alors « comme ça ». On était certains d’avoir fait le tour de nous-mêmes, de savoir qui nous étions, engagés face au miroir comme attachés à un récit qui nous convenait.

J’ai toujours été fascinée (ou inquiétée) par les gens qui disent savoir qui ils sont, qui l’affirment, qui disent tout un ensemble de phrases qui ressemblent à : « Moi, je suis une femme de devoir ou un homme de parole, une personne comme ci ou comme ça. » J’ai même, je l’avoue, une petite tendance à me méfier des phrases qui débutent par un « Je suis », suivi d’une caractéristique donnée, surtout si elle semble figée dans un bloc entier, comme une modalité d’être qui ne pourrait plus être soumise aux changements.

Ça m’inquiète, oui, les gens qui pensent se connaître en toutes........

© Le Devoir