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Le bac de philosophie, ce rite républicain

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17.06.2019

La dissertation de philosophie est considérée par certains comme l'épreuve reine du baccalauréat : elle inaugure le grand rite initiatique de cette semaine d'examens, capte l'attention des médias et rappelle à chacun bon ou mauvais souvenirs. Tout au long d'une journée s'égrènent sur les ondes des corrigés improvisés, ramenant tous les Français à l'unisson à cette époque fébrile, mais pleine de promesses, de leurs dix-huit ans.

Cette épreuve est même appelée à devenir « universelle », puisque, dans le cadre de la réforme du bac, la philosophie restera l'une des matières communes à toutes les spécialités. Réforme qui peine à accoucher d'un programme consensuel, jouant avec les notionscomme avec des osselets, enlevant le bonheur par ci, le travail par là, les réintroduisant, suscitant de violentes controverses chez les professeurs de philosophie et au-delà...

Voilà donc un sujet qui semble susciter l'intérêt, au moins à cette période de l'année. Faut-il alors se féliciter de ce grand rite républicain ? L'histoire du baccalauréat est longue, de Napoléon Ier qui en fait un grade d'État, aux années 30 où le lycée public devient gratuit, en passant par 1924, date à laquelle les programmes deviennent identiques pour les garçons et pour les filles. L'histoire de l'enseignement de la philosophie l'est tout autant.

Dans la première partie du XIXe, l'enseignement de la philosophie est dominé par Victor Cousin. En même temps qu'il institutionnalise, il lui impose durablement sa marque, que l'on peut décrire en deux traits : prévalence de l'histoire de la philosophie et éclectisme (déjà cette idée du et/et, qui masque avec habileté, et dans un souci d'intégration des systèmes contraires, un choix idéologiquement fort secondant clairement l'ordre établi.)

Comme le rappelle Lucie Rey dans son article L'héritage de Victor Cousin dans l'enseignement de la philosophie en France :

« La loi de 1802 et le décret de 1808 mettent la logique et la morale au programme des études secondaires ; le règlement de 1809 institue une année de philosophie pendant laquelle les élèves doivent apprendre les principes de la logique, de la métaphysique, de la morale et de l'histoire des opinions des philosophes : autrement dit, l'enseignement renoue manifestement avec le contenu des manuels de l'Ancien Régime. La philosophie n'est plus cette science nouvelle initiée par la Révolution : celle d'une méthode appliquée à tous les ordres d'éducation, censée former à la liberté les citoyens de la République. Elle devient un savoir à propos des premiers........

© La Tribune