Maroc: comment le pouvoir musèle les journalistes indépendants et piétine la liberté de la presse
Maroc: comment le pouvoir musèle les journalistes indépendants et piétine la liberté de la presse
Aurélien Vane – Édité par Émile Vaizand – 8 avril 2026 à 6h55
Bâtons dans les roues des titres indépendants, poursuites judiciaires sur la base d'accusations douteuses de crimes sexuels, lourdes condamnations puis grâces royales: le royaume développe une stratégie complexe pour réduire au silence les dernières voix dissidentes, tout en ménageant son image sur la scène internationale.
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Près de vingt-sept ans après avoir vu Mohammed VI être intronisé «roi des pauvres», le Maroc possède toujours, bon an mal an, l'image d'un État relativement libéral, en comparaison avec ses voisins, auprès de l'opinion en France. Les –nombreux– journalistes marocains et personnalités critiques du pouvoir aujourd'hui exilées en Europe vous diront le contraire.
Dans les années 2000, Ali Lmrabet, fondateur du magazine satirique Demain, condamné en 2005 à dix ans d'interdiction d'exercer son métier, a fui et vit toujours en Espagne. Aboubakr Jamaï, cofondateur du Journal Hebdomadaire, a quitté le Maroc en 2007 pour les États-Unis après plusieurs condamnations et amendes pour «diffamation». Ahmed Reda Benchemsi, fondateur de TelQuel et Nichane, deux hebdomadaires marocains au ton critique et libre, a quitté le Maroc en 2010 à cause des pressions politiques.
Plus récemment, Hicham Mansouri, ancien chef de projet de l'Association marocaine pour le journalisme d'investigation (AMJI), a décidé de quitter le Maroc pour la France quand il a appris que le juge qui allait mener son procès, ouvert en 2015 pour «atteinte à la sécurité de l'État», était le même qui venait de le condamner pour «complicité d'adultère».
Son collègue au sein de l'AMJI, Abdessamad Aït Aïcha, poursuivi dans le cadre du même procès pour «atteintes à la sûreté intérieure de l'État» par le biais d'une «propagande» de nature à «ébranler la fidélité que les citoyens doivent à l'État et aux institutions du peuple marocain», a également fui en 2017 en France, où il poursuit des études de sociologie non loin de Hajar Raissouni. Cette ancienne journaliste pour le quotidien marocain Akhbar Al Yaoum, condamnée pour «avortement» et «relations sexuelles hors mariage» en septembre 2019, puis graciée, a préféré abandonner son travail et partir à Paris, où elle prépare également un doctorat en sociologie politique.
Tous ces journalistes ont donc fui la répression et tous les titres de presse pour lesquels ils travaillaient ont fermé sous les effets conjugués des difficultés économiques et des pressions politiques. Seul l'hebdomadaire francophone TelQuel, en perdant sa capacité critique, a pu survivre. Akhbar Al Yaoum est le dernier journal indépendant à avoir fermé au printemps 2021, après les condamnations de son directeur de la publication, Taoufik Bouachrine, en 2018, de Hajar Raissouni, en 2019, et de son rédacteur en chef, en 2021.
C'est un coup porté au pluralisme de la #presse marocaine. Après 14 ans d'existence, le #quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum cessera d'être publié. C'est ce qu'a annoncé, ce dimanche 14 mars, #TawfikBouachrine, fondateur de ce journal.Lire l'article : https://t.co/VJbzrZhze8 pic.twitter.com/83ftj091Ap— Lebrief_ma (@LebriefM) March 15, 2021
C'est un coup porté au pluralisme de la #presse marocaine. Après 14 ans d'existence, le #quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum cessera d'être publié. C'est ce qu'a annoncé, ce dimanche 14 mars, #TawfikBouachrine, fondateur de ce journal.Lire l'article : https://t.co/VJbzrZhze8 pic.twitter.com/83ftj091Ap
«Plus de liberté de la presse en Algérie qu'au Maroc»
«Aujourd'hui, il n'y a plus rien à lire au Maroc», lâche, sur un ton lapidaire, le journaliste espagnol Ignacio Cembrero. Aujourd'hui collaborateur du média en ligne hispanique El Confidencial, il a été correspondant au Maroc pour le quotidien El País jusqu'en 2013, avant d'en être renvoyé, poursuivi en justice et poussé à quitter le pays par des pressions politiques. Au début du mois de février, Ignacio Cembrero révélait l'organisation d'une réunion «secrète» à l'ambassade des États-Unis en........
