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Louis Michaud : « Les Français ont un rapport orgasmique à la nourriture »

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12.10.2026

On l’appelait « le prince des gastronomes », il est aujourd’hui tombé dans l’oubli. Le journaliste, critique culinaire et écrivain Maurice Edmond Sailland, dit Curnonsky (1872-1956), fut l’un des plus célèbres défenseurs de la gastronomie française, mais les jeunes générations ne le connaissent pas. À l’heure où les O’Tacos et les Tasty Crousty prolifèrent dans nos centres-villes, un jeune romancier, Louis Michaud, a voulu réparer cette injustice. Dans Mon ami Curnonsky* (éditions du Rocher), il imagine la vie d’Hubert, un trentenaire indécis et frivole dont la vie bascule lorsqu’il redécouvre l’œuvre du maître. L’occasion d’une réflexion sur les vertus de la bonne bouffe, promue au rang d’art de vivre.

Avec ce récit truculent, Louis Michaud, auteur en 2024 d’une biographie de Jean Cau (Jean Cau, l’indocile, avec Ludovic Marino, Gallimard), confirme son goût pour les personnages hors norme. À 32 ans, avec sa mèche au vent, sa gouaille, son bon coup de fourchette et son goût pour la littérature des hussards, il est lui aussi déjà, à sa manière, un personnage. Rencontre, dans une cave à vin parisienne.

Le Point : Votre biographie de Jean Cau portait pour sous-titre « l’indocile ». Curnonsky, auquel vous consacrez ce roman, est-il lui aussi un indocile ?

Louis Michaud : Pas exactement. Jean Cau est un indocile dans la mesure où il refuse de se plier aux conventions du milieu littéraire et du monde politique. Curnonsky, lui, est plus doux, plus tranquille, mais il a comme point commun avec lui de refuser de mener une vie rangée et homogène. Il quitte son Anjou natal à 18 ans pour monter à Paris, où il abandonne aussitôt ses études de lettres pour devenir chroniqueur au journal Chat noir avec Alphonse Allais. Il se lie d’amitié avec Pierre Louÿs et Paul-Jean Toulet, il écrit en sous-main avec Colette les livres du mari de cette dernière, Willy. Il fait partie de la bohème littéraire de l’époque. Il vit de sa plume, gagnant énormément d’argent et dépensant énormément, faisant la fête. Une vie si libre, si intense, au milieu de ce landerneau littéraire de la Belle Époque, m’a particulièrement plu, et je voulais lui rendre hommage.

Comme Jean Cau, Curnonsky est aujourd’hui méconnu. Pourquoi avez-vous cherché à le remettre en lumière ?

Je suis fasciné par le........

© Le Point