Frères, sœurs, fausses couches : l’étrange fabrique de l’homosexualité
Comme toutes les semaines, le chercheur en psychologie Jesse Bering décortique des travaux scientifiques sur la sexualité.
De nos jours, pour expliquer l’homosexualité, il est courant de s’en tenir au raisonnement simpliste du « on naît comme ça ». Mais dans le monde de la sexologie scientifique, il serait plus juste de dire que l’on naît avec une prédisposition à l’homosexualité. L’épigénétique, dans toute sa complexité, se prête sans doute assez mal aux slogans accrocheurs de la culture populaire, mais en tant que scientifique – et scientifique gay –, j’ai un faible pour les nuances, et cette distinction m’a toujours paru importante. Ce n’est pas comme si nous sortions du ventre de notre mère déjà obsédés par les comédies musicales et attirés par les hommes.
Nous avions probablement une configuration génétique et neurologique qui nous orientait dans cette direction, mais les chercheurs emploient le terme technique de « pré-homosexuels » pour désigner ces enfants, généralement ceux qui présentent des signes révélateurs de non-conformité de genre. C’est étrange, certes, mais sans doute préférable à « bébés gays » ou « enfants gays », non ? Je peux aussi tout à fait concevoir que certaines expériences parfaitement innocentes vécues dès mon plus jeune âge – oui, même après ma naissance – aient pu contribuer à faire des femmes, pour moi, l’équivalent érotique de la soupe à l’oignon. Ne vous méprenez pas : j’adore une bonne soupe à l’oignon à la française, mais je n’ai encore jamais eu envie d’y tremper mon pénis.
Quoi qu’il en soit, au bout du compte, tout cela est immuable : on n’a pas plus de prise sur son orientation sexuelle que sur le fait d’être gaucher ou droitier (ou ambidextre, pour vous autres bisexuels). Il existe d’ailleurs des données suggérant un lien entre latéralité et orientation sexuelle, mais inutile de compliquer les choses. Dès que le sexe se mêle à la religion, à la politique et aux QI à deux chiffres, bien sûr, la logique fout le camp. Mais du point de vue scientifique, chercher pourquoi une personne est homosexuelle et une autre hétérosexuelle relève tout simplement de la recherche fondamentale sur la sexualité. Et le sujet est passionnant.
Dans le ventre de la mère
Si les premiers psychanalystes se sont régalés avec cette question, les chercheurs contemporains du domaine ne sont pas assez naïfs pour imaginer qu’il existe une cause unique de l’homosexualité, ou un « gène gay ». Ils s’intéressent plutôt à des facteurs probabilistes, et certaines des données les plus convaincantes font effectivement apparaître des influences in utero manifestes sur l’orientation sexuelle.
L’un de ces modèles théoriques est ce qu’on appelle l’effet de l’ordre de naissance fraternel sur l’homosexualité masculine. Formulé pour la première fois par le sexologue Ray Blanchard au milieu des années 1990, il reposait sur des études suggérant que le fait d’avoir des frères aînés « augmentait les chances » qu’un garçon né ensuite soit homosexuel. L’effet semblait en outre cumulatif : plus un garçon avait de frères aînés, plus la........
