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Antonin Pottier : « La question climatique ne se résout pas avec des outils budgétaires, mais en repensant notre contrat social »

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02.09.2026

Comment reprendre le fil de l’action climatique alors que ces derniers mois ont été marqués par des catastrophes liées au réchauffement et que l’écologie polarise de plus en plus la sphère politique ?

Pour l’économiste Antonin Pottier, coauteur avec Emmanuel Combet d’Un nouveau contrat écologique (PUF, 2024), la transition implique des changements d’une telle ampleur qu’elle doit reposer sur un large compromis politique, durant plusieurs décennies.

Sceptique sur la capacité du débat budgétaire ou du scrutin présidentiel à créer à eux seuls ce nouveau contrat social écologique, il appelle à organiser une concertation entre les différentes forces politiques et sociales du pays, afin de former une majorité qui s’accorde sur les principaux objectifs et moyens de la transition. Faute de quoi, toute politique écologique pourrait être détricotée à l’élection suivante.

Avec la succession de sécheresses, de canicules et d’incendies en 2026, la France est-elle en train de payer le coût de son inaction climatique ?

Antonin Pottier : On paie le coût de l’inaction depuis longtemps. Ce n’est pas la première fois que des écoles ferment à cause d’une canicule ou qu’une grave sécheresse touche le pays. Les dégâts deviennent juste plus visibles. Nous vivons le scénario prévu par les scientifiques depuis 30 ans et ce n’est que le début. On paiera pendant longtemps encore le coût de l’inaction car les gaz à effet de serre continuent de s’accumuler. 

Annulation de commandes de Canadair, diminution du Fonds vert ou suspension de MaPrimeRénov’… Le débat public s’est focalisé sur des choix budgétaires récents faits au détriment de l’écologie. Comment les expliquer, alors qu’on sait que les investissements dans la transition sont rentables à terme ?

L’ampleur des dégâts que le réchauffement causera n’est pas encore collectivement anticipée. Le débat public s’est en effet focalisé sur des arbitrages de « dernière minute » à l’échelle du temps climatique et on peut regretter que les quelques efforts des années 2020-2022 n’aient pas été suivis ni commencés plus tôt. Car même si ces arbitrages avaient été plus favorables, leurs effets ne se font pas sentir immédiatement : les deux Canadairs commandés en 2024 ne devraient être livrés qu’en 2028, les deux de 2026 qu’en 2033, au mieux. Et cela renouvellera à peine l’existant, alors qu’il faudrait augmenter les moyens.

Enfin, au-delà du gouvernement, de nombreux choix individuels sont contestables. Certains ménages ont acheté en catastrophe un climatiseur portable alors qu’ils avaient les moyens d’isoler leur logement. Notre incapacité collective à anticiper nous fait réagir dans l’urgence.

Est-il plus facile d’investir contre une menace qu’on connaît historiquement – la guerre, par exemple – que contre une menace nouvelle et protéiforme comme celle du réchauffement ?

Il y a effectivement une différence d’expérience historique. On sait collectivement ce qu’est la guerre et comment la prévenir et la préparer, alors que le réchauffement climatique n’a pas de précédent. Par ailleurs, le climat nécessite une politique........

© Alternatives Économiques