Les traités de paix et d’amitié : des accords historiques qui façonnent encore les Maritimes
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Les traités de paix et d’amitié : des accords historiques qui façonnent encore les Maritimes
Voyages dans l’histoire canadienne Season 5/Episode 2 French Transcript
Il y a 300 ans, une alliance de nations autochtones du Canada atlantique connue sous le nom de Confédération Wabanaki et la Couronne britannique ont signé une série d’accords appelés les traités de paix et d’amitié. Leur objectif était de rétablir la paix dans les Maritimes, une région marquée par des décennies de conflits entre la Couronne et les nations autochtones. Les traités affirmaient les droits des peuples wabanakis de chasser, de pêcher et d’utiliser leurs terres, tout en établissant un cadre de relations pacifiques entre les signataires.
Trois siècles plus tard, les traités de paix et d’amitié sont toujours en vigueur et ont été au cœur de certains des moments les plus tendus et controversés de l’histoire récente du Canada atlantique. On pense à la décision Marshall de 1999, à la crise de Burnt Church, puis aux conflits et aux violences qui entourent encore aujourd’hui les pêches en Nouvelle-Écosse.
Dans cet épisode, notre animatrice Ariane-Li Simard-Côté s’entretient avec Edith Bélanger, membre de la Nation Wolastoqiyik et professeure d’études autochtones à l’Université de Moncton. Elles remontent 300 ans dans le temps pour explorer la vie autochtone, la diplomatie et les relations avec la Couronne au début du XVIIIe siècle, ainsi que les événements qui ont mené à la signature des traités de paix et d’amitié. Elles se penchent également sur la décision Marshall. Ce jugement, rendu par la Cour suprême du Canada en 1999, avait ravivé l’attention portée aux traités et contribué au déclenchement de la crise de Burnt Church.
Ensuite, Ariane-Li reçoit Gilles Thériault, consultant acadien en pêche comptant plus de 50 ans d’expérience et qui a été le principal négociateur du gouvernement fédéral lors de la crise de Burnt Church. Ensemble, ils reviennent sur cette crise, la décision Marshall, l’évolution des pêches autochtones dans les Maritimes et l’héritage vivant des traités de paix et d’amitié.
Le réalisateur a également interviewé Camil Girard, Thomas Peace, Ken Paul et Moira Donovan pour cet épisode. The Walrus les remercie du temps qu’ils nous ont accordé et d’avoir partagé leur expertise.
Listen to the episode:
Ariane-Li Simard-Côté [00:00:07] C’est le 29 août 2000, dans les eaux de la baie de Miramichi, sur la côte nord-est du Nouveau-Brunswick. Et dans quelques instants, certaines des images les plus marquantes de la crise de Burnt Church seront filmées. Depuis près d’un an, un conflit oppose des pêcheurs autochtones et non autochtones. Et les tensions sont vives. Des pêcheurs non autochtones ont détruit des milliers de casiers à homard appartenant à des pêcheurs micmacs, soutenant que ces derniers pêchent en dehors de la saison autorisée. Les pêcheurs autochtones, eux, affirment exercer les droits issus des traités de paix et d’amitié, confirmés un an plus tôt par une décision de la Cour suprême : le jugement Marshall. Le ministère des Pêches et des Océans intervient à son tour en retirant des casiers micmacs dans la baie. Des agents du MPO sont la cible de jets de pierres. La situation est sur le point de basculer.
C’est le 29 août 2000, dans les eaux de la baie de Miramichi, et un navire de patrouille du ministère des Pêches et des Océans encercle une petite embarcation de pêcheurs autochtones. Soudain, le navire fédéral accélère et l’éperonne. La petite embarcation est violemment secouée. L’eau jaillit de toutes parts. Le bateau des pêcheurs micmacs commence à couler. Puis le patrouilleur fait demi-tour. Il fonce de nouveau vers le petit bateau. Juste avant l’impact, les pêcheurs autochtones sautent à l’eau.
Enregistrement d’archive (en anglais) [00:01:27] Oh mon dieu!
Ariane-Li Simard-Côté [00:01:37] Bienvenue à Voyages dans l’histoire canadienne. Je suis votre animatrice, Ariane-Li Simard-Côté, et dans cet épisode, nous découvrirons l’histoire des traités de paix et d’amitié… et ce qu’il en reste aujourd’hui, trois siècles après leur signature.
Edith Bélanger [00:01:52] Moi, j’habite à Rivière-du-Loup, qui est située au Bas-Saint-Laurent. Puis, ça fait vraiment partie du territoire traditionnel de la nation Wolastoqiyik, qu’on appelle le Wolastokuk.
Ariane-Li Simard-Côté [00:02:03] Edith Bélanger est membre de la nation Wolastoqiyik de la communauté Wahsipekuk. Titulaire d’un doctorat en gouvernance autochtone traditionnelle de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, elle est actuellement professeure en études autochtones à l’Université de Moncton.
Edith Bélanger [00:02:17] Et d’ailleurs, moi, le nom de ma communauté, qui est Wahsipekuk, ça décrit vraiment bien où on se situe par rapport à l’ensemble du territoire traditionnel. Si je décompose ce mot-là, le terme wahsi, ça veut dire par-dessus quelque chose. Donc, au-delà de quelque chose. Donc, dans le cas de notre communauté, nous, par rapport aux autres communautés de la nation, on est par-dessous les monts Notre-Dame, sur le bord du fleuve. Donc, wahsi veut dire « par-delà ». Pek, c’est un terme qui réfère à de l’eau. Par exemple, pour parler de l’océan, on va dire supeq. Donc, ça dit qu’on est sur le bord de l’eau, puis uk, c’est le locatif. Donc, on est la communauté qui se trouve sur le bord de l’eau, par-dessus les monts Notre-Dame. Donc, ça nous situe à l’extrémité nord du territoire, qui est bordé par le fleuve Saint-Laurent. Puis, de manière générale, le Wolastokuk est à peu près à partir de la rivière Etchemin à Lévis jusqu’aux environs de Matane à l’est, puis on descend au sud jusqu’à la baie de Fundy.
Ariane-Li Simard-Côté [00:03:18] La nation de Dre Bélanger, les Wolastoqiyik, habite ce territoire depuis plus de 10 000 ans. À la fin du XVIIe siècle, avec quatre nations autochtones voisines de l’Atlantique canadien, ils forment la Confédération Wabanaki. Un groupe qui va jouer un rôle crucial dans l’histoire des traités de paix et d’amitié.
Edith Bélanger [00:03:33] La Confédération Wabanaki, c’est une structure confédérative. Pour te donner un exemple un peu plus connu, les gens connaissent généralement mieux la Confédération haudenosaunee, qui était appelée à l’époque la Ligue iroquoise. Donc, une structure confédérative, ce sont des unités politiques qui se mettent ensemble pour décider collectivement de certains enjeux communs. Ça dépend à quelle période de l’histoire on regarde. Mais pour la plus grande partie de l’existence de la Confédération, on considère qu’il y a cinq nations qui se sont jointes ensemble pour des raisons politiques, militaires, culturelles, territoriales. Mettons, j’y vais d’est en ouest, ça va être la nation Mi’kmaq, ensuite la nation Wolastoqiyik, la nation Peskotomuhkati ou Passamaquoddy et la nation Penawapskewis ou Penobscot. Encore plus à l’ouest, maintenant au nord-ouest, c’est la nation abénaquise ou Wabanaki. Les Abénakis sont dans une situation un peu particulière par rapport à la Confédération parce que les guerres intercoloniales les ont repoussés vers le nord, ce qui fait qu’aujourd’hui, la nation abénakise, elle se situe à Odanak et Wôlinak, qui sont les deux communautés du côté du Québec. Et elles ne font pas partie des nations qui sont concernées aujourd’hui par certains droits de la Confédération Wabanaki, par exemple les droits de pêche issus des traités de paix et d’amitié.
Ariane-Li Simard-Côté [00:05:05] Les membres de la Confédération Wabanaki étaient déjà alliés depuis plusieurs années. Ils s’étaient d’abord unis dans une alliance militaire pour faire face aux attaques violentes de la Confédération haudenosaunee. Mais dans les années 1680, lorsque la Confédération Wabanaki est officiellement constituée, les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik, les Abénaquis, les Penobscots et les Passamaquoddys visent désormais un nouvel ennemi commun : les Anglais et leurs colonies.
Edith Bélanger [00:05:29] En fait, c’est qu’à cette époque-là, il y avait une grande rivalité impériale entre la France et la Grande-Bretagne pour la région qui est l’Acadie, essentiellement. Une région qui était très stratégique à l’époque pour, évidemment, le commerce des fourrures, mais on pense aussi à la pêche puis, un peu plus tard, le commerce du bois. Puis, dans ces guerres-là incessantes entre l’Angleterre et la France, à un moment donné est arrivé le traité d’Utrecht en 1713. Et lors du traité d’Utrecht, la France a cédé à l’Angleterre le territoire de l’Acadie. Sauf que ça s’est fait absolument sans aucun consentement des peuples autochtones, qui pourtant étaient des alliés de la France à l’époque.
Donc, les peuples autochtones, les peuples Wabanaki, n’ont jamais reconnu, de quelque manière que ce soit, une cession territoriale. Donc, ils considéraient que ce transfert-là de l’Acadie à l’Angleterre était complètement injustifié. Ce qui fait que, par la suite, dès que les Anglais tentaient d’installer des forts, ils étaient immédiatement attaqués et détruits. Les peuples autochtones étaient vraiment une force militaire incontournable. Les alliances qui avaient été faites depuis le tout début du XVIIe siècle avec les Français étaient considérées encore valides. Donc, il y avait toujours une forme de loyauté que les peuples Wabanaki vouaient envers le roi de France. Puis, il n’y a jamais eu de conquête militaire ou de renversement, par exemple, par des troupes britanniques des peuples Wabanaki.
Donc, ils étaient suffisamment forts pour être capables de s’interposer. Puis, il y avait toujours aussi le risque que les peuples autochtones se rangent derrière les Français et poussent la frontière encore plus vers l’ouest, donc la frontière entre l’Acadie et la Nouvelle-Angleterre à l’époque. C’est resté très, très longtemps une zone de tension, même qu’on pense au moment où les treize colonies ont voulu aller chercher leur indépendance de la Couronne britannique. Les peuples autochtones étaient un peu pris au milieu de ça, puis c’était un peu à qui allait être le plus offrant pour être capable d’aller chercher des alliances avec les peuples autochtones, qui, eux, pendant ce temps-là, étaient dans une mécanique de préserver leur autonomie territoriale, puis eux aussi de tirer profit de ce qui se passait comme commerce. Donc, les traités de paix et d’amitié visent à ramener une certaine stabilité sur ce territoire-là.
Ariane-Li Simard-Côté [00:08:00] Considéré comme le premier traité de paix et d’amitié entre la Confédération Wabanaki et la Couronne britannique, le traité de Boston, aussi connu comme le traité de Dummer, est signé à Boston en décembre 1725. Il met fin à la guerre de Dummer, un conflit de trois ans entre les peuples wabanakis et les Britanniques. Mais ce n’est que le début. Entre 1725 et 1779, la Confédération Wabanaki et la Couronne britannique se retrouvent à plusieurs reprises pour signer essentiellement le même document. Un document qui, selon plusieurs experts et chercheurs, est très court, mais qui est pourtant qualifié, chaque fois, de traité de paix et d’amitié.
Edith Bélanger [00:08:35] Le nom qu’on a donné à cet ensemble de documents-là le dit, l’objectif, là, c’est que c’était la paix, d’abord et avant tout. L’amitié, c’est peut-être un peu étiré comme conception, mais ça reflète une chose, c’est que dans ces ententes-là, tout le vocabulaire est important. Il y a un vocabulaire de relationnalité qui se reflète là-dedans, qui est rattaché aux valeurs traditionnelles des peuples autochtones. Par exemple, on va parler de frères, nos enfants, à jamais. Tout ça, ça vient montrer qu’on ne fait pas juste signer un papier puis s’échanger........
