Ugo Portier : "En Seine-Saint-Denis, l’ethnie devient peu à peu identité politique"
Une campagne électorale est la mise à nu la plus crue d’un territoire. À Bobigny, ce n’était pas ma première, mais je n’avais jamais senti un tel poids des clivages communautaires. Si le débat d’idées n'a pas disparu, les préoccupations quotidiennes se doublent désormais d’une lecture identitaire de plus en plus présente.
Sur le terrain, les paroles sont brutales. À plusieurs reprises, des Balbyniens d’origine maghrébine, souvent âgés, m’ont interpellé sur le maire, Abdel Sadi : « Il nous a abandonnés, il donne tous les logements aux Tamouls. » L’accusation me semble injuste – la mairie communiste accompagne les nouveaux arrivants comme elle l’a toujours fait – mais elle révèle une fracture. À Bobigny, les familles algériennes, souvent kabyles, installées depuis les années soixante, forment le socle « historique » de la ville. Les vagues migratoires successives ont toujours généré des frictions, mais ces clivages s’exposent aujourd’hui sans filtre sur la scène politique.
Rivalités inter et intracommunautaires
Deux jours après la victoire d’Abdel Sadi, le compte Facebook « Bobigny Community », soutien de la droite locale, livrait sa grille de lecture du scrutin. Pour expliquer le succès communiste, il avançait une raison majeure : « le vote de la communauté sri-lankaise ». Le propos était explicite : « Pendant que beaucoup de Balbyniens – notamment les jeunes des quartiers issus de l’immigration des années quatre-vingt-dix – se détachent d’un système politique dans lequel ils ne se........
