Idées | Les «superchaires» de recherche du Canada, une politique improvisée et mal avisée
Le Devoir a récemment fait entendre le « cri du cœur » de chercheurs en sciences biomédicales qui déplorent le faible investissement fédéral en recherche, lequel se traduit par des taux de succès faméliques aux concours, de l’ordre de 13 % aux Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Comme le note un chercheur interviewé, cela « est tout simplement inacceptable pour un pays qui aspire à devenir un leader en science, en médecine et en innovation ». Après ce cri du cœur, essayons de faire entendre la voix de la raison.
Cette sortie publique survient au moment même où le gouvernement fédéral se vante d’investir plus d’un milliard de dollars sur 12 ans pour attirer les « meilleurs chercheurs mondiaux », en réalité surtout américains. Il leur offre ainsi des « superchaires » dotées d’un million de dollars par année pendant huit ans, voire 1,5 million pour une poignée de chaires « distinguées » ! Quant aux chaires en sciences humaines et sociales, parents pauvres de ce programme, elles doivent se « contenter » pour la plupart de 500 000 $ par année.
En somme, alors que le financement ordinaire de la recherche s’érode, Ottawa concentre des sommes exceptionnelles dans le recrutement de quelques chercheurs venus de l’étranger. Pour comprendre pourquoi cette contradiction suscite si peu de critiques, il faut rappeler que les scientifiques canadiens s’élèvent rarement publiquement contre les politiques de recherche. Cette réserve (pour ne pas dire autocensure) est compréhensible, car les........
