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La censure à bas bruit

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28.08.2026

Jusqu’à la Révolution tranquille régnait au Québec, dans le domaine du livre, une censure qui ne disait pas son nom. La loi n’interdisait pas la distribution ni la vente des œuvres de Voltaire, Zola et Sartre ou d’autres romans ou essais placés à l’index, mais, à part quelques libres-penseurs du genre d’Henri Tranquille, libraires et éditeurs étaient soumis de la part de l’Église à d’intenses pressions qui faisaient qu’ils renonçaient à vendre certains ouvrages qui n’étaient pas e n odeur de sainteté ou à éditer des livres qui n’auraient pas reçu l’imprimatur de l’archevêché.

On pouvait penser ce temps définitivement révolu, mais ce n’est malheureusement pas le cas : depuis quelque temps, de nouveaux clergés informels s’agitent et ressassent sur les réseaux sociaux leur haine du livre et de la réflexion ; leurs fidèles « suiveux » leur servent ensuite de chambre d’écho, des libraires (moitié par conviction, moitié par intérêt) acquiescent à leurs anathèmes et renoncent conséquemment à vendre tel ou tel ouvrage, des directeurs de revues littéraires se plient à leurs diktats… Comme autrefois, cette censure demeure informelle, elle ne dit pas son nom, elle se fait à bas bruit. Ce qui ne lui enlève rien de son efficacité.

Il y a quelques semaines, Marie-Madeleine Raoult, directrice des Éditions de la Pleine lune, une maison d’édition féministe qui a pignon sur rue à Montréal depuis 50 ans, s’est vu refuser la publication du texte........

© Le Devoir