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Idées | La politique de l’ombre à l’heure du réarmement

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Il faut admirer le spectacle, au moins pour la mise en scène. Ankara, les drapeaux, les poignées de main solennelles… et Ottawa qui annonce, sur ce ton feutré réservé aux très grosses factures, que le pays consacrera 5 % de son PIB à la défense d’ici 2035.

Personne n’a voté là-dessus. Personne n’a été consulté. Mais tout le monde paiera. Voilà, en une phrase, la transformation la plus profonde du contrat social canadien depuis une génération : un transfert massif de richesse du bien-être civil vers l’appareil militaro-industriel, présenté comme une simple question d’intendance.

Il faut nommer la méthode. Mark Carney n’est pas un idéologue maladroit — ce serait presque rassurant. C’est un financier redoutable, formé chez Goldman Sachs, rompu aux banques centrales et aux cénacles de Davos. Sa classe ne délibère pas sur la place publique ; entre gens qui savent, les débats font perdre un temps précieux. Elle conclut entre elle, puis descend nous présenter ses conclusions comme des évidences techniques — c’est complexe, voyez-vous…

L’espèce, du reste, ne nous est pas inconnue : le Québec vient tout juste d’user un Fitzgibbon — encore un financier « top gun » qui « sait » (!), et qui actionnait les leviers de l’État avec l’aplomb tranquille de ceux qui n’ont de comptes à rendre à personne. Plus les sommes sont colossales, plus le débat rétrécit. On a vu le résultat.

Et remarquez le procédé : M. Carney évoque l’urgence sur tous les tons.

Urgence........

© Le Devoir