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Ce que raconte un couteau

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Arrivé par hasard sur les lieux d’un « fait divers », le sociologue s’interroge sur l’influence de la réputation d’un quartier sur la perception de l’évènement.

Mercredi 19 août, je décide d’aller me promener dans Saint-Michel. Dans le métro, je lis Le couteau de Salman Rushdie. Je poursuis ma lecture dans l’autobus, sans savoir exactement où je vais descendre. À l’arrêt Émile-Journault, je débarque. Je passe à l’organisme Maison d’Haïti saluer une ancienne collègue. En sortant, j’entends des coups de feu. La 14e Avenue devient inaccessible. Un périmètre de sécurité s’installe.

Je m’approche. Je demande à un policier ce qui se passe. Il répond : « Je ne peux pas vous dire. Vous allez savoir dans les nouvelles. » Le couteau est dans ma main. Le policier aperçoit le titre du livre.

Son visage esquisse une grimace que j’ai du mal à décortiquer. Je ne sais pas s’il trouve le titre suspect ou provocateur. Je ne lui demande plus rien. J’observe.

Un journaliste arrive. Après quelques minutes, je décide d’aller voir de l’autre côté, là où plusieurs personnes sont rassemblées. Sans que je l’aie sollicité, un homme me dit : « M konn misye wi. Se vrèman tris sa k rive li a.⁠1 »

Il raconte sa version des faits : « Une chicane de couple. La femme vient chez le gars, malgré une interdiction de contact. Un appel au 911. Les policiers sont venus pour demander à la femme de partir. Le gars refuse qu’elle parte. Ça a dégénéré. Le gars a blessé un policier avec un couteau. Les policiers lui ont tiré dessus. Trois balles : pow !........

© La Presse