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« Splendeurs du baroque. De Greco à Velazquez » : au musée Jacquemart-André, les maîtres espagnols en majesté

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06.04.2026

Avec « Splendeurs du baroque. De Greco à Velázquez », le musée Jacquemart-André fait la part belle aux chefs-d’œuvre des maîtres espagnols du siècle d’or. Une exposition à découvrir jusqu’au 2 juillet à Paris.

Dire baroque, c’est le plus souvent penser à l’Italie et, plus particulièrement, à la personnalité singulière du Caravage, baroque en elle-même, tant sa vie répondit à la définition initiale du terme, venant du portugais « barocco », désignant une perle imparfaite, mal taillée… Le baroque n’en est pas moins lié à la contre-réforme catholique dans sa lutte contre l’extension du protestantisme dans une partie de l’Europe, et d’abord bien sûr en Allemagne.

En art, il s’agissait de rendre populaire la vie du Christ, des saints, de Marie, d’illustrer les épisodes marquants de la Bible, comme l’avait voulu le concile de Trente avec ses multiples sessions, de 1545 à 1563. Signe qu’il y avait du pain à bénir sur la planche. D’une certaine manière, c’était aussi ouvrir un champ nouveau pour la liberté d’expression, appelant les artistes à exprimer plus fortement les passions humaines, y compris au travers des figures religieuses.

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Au XVIIe, le baroque s’est ainsi étendu à la France, à la partie catholique de l’Europe du Nord dominée par l’Espagne et, bien entendu, à l’Espagne elle-même, pays catholique s’il en fut. C’est au baroque espagnol que le musée Jacquemart-André, à Paris, consacre une exposition avec une partie de la collection rassemblée au début du XXe siècle par l’Américain Archer Milton Huntington et conservée par la Hispanic Society of America.

Une collection, soit dit en passant, qui ne se limite pas à la période évoquée, mais va du Moyen Âge au début du XXe siècle, avec un peintre lumineux comme Joaquín Sorolla.

Des grandes figures qui se détachent de cette période du baroque, et donc pour l’essentiel du XVIIe siècle, appelé aussi le siècle d’or, on retient celles du Greco, de Velazquez, de Zurbaran, de Murillo. Du premier, avec quatre tableaux dans l’exposition, on peut citer une Pietà (vers 1574-1576, soit donc avant le caravagisme), avec le visage de la mère du Christ ravagé par la douleur sur un ciel tourmenté où se détachent au fond les trois croix du Golgotha.

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Le corps du crucifié est impressionnant de vérité dans un ensemble dopé par les verts, les rouges et les bleus des tuniques des femmes qui le portent. Du Greco encore, un portrait de François d’Assise au visage émacié, le regard comme en attente des réponses de Dieu, retient l’attention.

Le renversement dialectique du baroque

De Velazquez, on ne peut que s’attarder devant le beau et calme visage de jeune fille qu’il a peint vers 1638-1642, dont on ignore l’histoire comme l’identité. Mais du même Velazquez, on retient aussi un tableau semblant a priori profane, intitulé par défaut Scène de cuisine (1617), et représentant de profil une femme visiblement modeste devant une miche de pain et une carafe en étain.

La scène est parfaitement banale, mais remarquable de maîtrise dans sa simplicité et semble en même temps renvoyer à un autre tableau de Velazquez, conforme en tous points à l’esprit de la contre-réforme, Le Christ chez Marthe et Marie (1618).

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Deux grands tableaux en pied de Zurbaran représentent les figures de sainte Lucie et sainte Émérentienne, une martyre locale vénérée à Séville. À bien regarder encore, une très douce Vierge à l’enfant de Murillo et, de Luca Giordano, une Extase de sainte Marie-Madeleine emportée vers le ciel par des anges comme une escadrille de drones.

De dimensions modestes, l’exposition n’en témoigne pas moins de ce que le baroque, témoignant pour Dieu et la religion, témoignait aussi, et peut-être plus par une sorte de renversement dialectique, pour l’humain.

« Splendeurs du baroque. De Greco à Velazquez », jusqu’au 2 juillet, au musée Jacquemart-André, Paris 8e. Catalogue édité par le musée Jacquemart-André et Culturespaces, 198 pages, 39 euros.

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