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L’itinérance des femmes commence souvent avant la rue

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09.06.2026

Nous reconnaissons l’itinérance lorsqu’elle se donne à voir dans la rue : un corps dehors, exposé, sans adresse fixe. Cette image nous arrange presque autant qu’elle nous inquiète. Elle permet de croire que le problème commence là où le domicile s’arrête. Or les trajectoires des femmes déjouent ce scénario. Elles se logent souvent dans des espaces privés, derrière des formes de stabilité apparente, là où le danger se retire du regard sans disparaître.

Pour plusieurs, le dedans n’a jamais été ce sanctuaire que célèbrent nos fictions domestiques. Il a parfois été le lieu même où la menace s’installe et devient ordinaire. Avoir un toit, dans ces conditions, ne suffit pas à être en sécurité ; encore faut-il que ce lieu puisse être habité sans reconduire ce dont il devait protéger.

Dans mes recherches doctorales en psychologie, menées auprès de femmes ayant connu l’itinérance et le relogement, j’étudie cet écart entre être logée et pouvoir habiter. Il invite à penser l’itinérance féminine au-delà de l’absence de logement, à partir d’une fragilisation du rapport au refuge lui-même.

Hors de la rue, mais pas à l’abri

Elle passe d’un divan à l’autre, accepte une chambre provisoire, reste parfois dans une relation violente ou compose avec une hospitalité qui exige quelque chose en retour. Elle n’est pas dehors. Elle n’est pourtant nulle part chez elle.

C’est ce qu’on appelle l’itinérance cachée : non pas l’absence complète de toit, mais l’impossibilité de disposer d’un lieu à soi. Cette forme d’itinérance tient souvent à une présence tolérée chez les autres, révocable, conditionnelle. Et puisqu’elle se déroule dans des espaces privés, elle demeure plus difficile à reconnaître.

Ce retrait tient aussi à une stratégie de survie. Si plusieurs femmes évitent la rue, ce n’est pas parce que leur situation serait moins grave, mais parce que l’espace public et certains refuges peuvent devenir des lieux........

© The Conversation - FR