Nathan Devers : « J’ai voulu un moment être rabbin »
La rumeur parisienne bruisse de ce nouveau talent, très présent sur la scène médiatique et dans les librairies. Eh bien, à le rencontrer dans un café de Denfert-Rochereau, la rumeur paraît fondée.
Nathan Devers est un bosseur, plutôt humble et très courtois qui déplie vite sa pensée, de façon didactique, en ponctuant ses phrases d’un regard incandescent. Ce jeune homme (28 ans) pressé brûle les étapes. Normalien, agrégé de philosophie, cheville ouvrière de La Règle du jeu, la revue de Bernard-Henri Lévy, il a déjà publié près d’une dizaine de livres, essais et romans, dont le dernier Aimer Jérusalem (Gallimard), réflexion à la fois philosophique et intime sur la capitale mondiale des religions, qui vient tout juste de sortir, se trouve déjà en bonne place sur les étals.
Non seulement ce jeune homme a la tête bien faite, mais il n’hésite pas à dire ce qu’il a non sur mais dans le cœur, comme on le verra dans cet entretien hors des sentiers battus.
Le Point : Qu’est-ce qui a décidé le jeune philosophe que vous êtes à déclarer ainsi votre flamme à Jérusalem ?
Nathan Devers : Deux raisons : l’une personnelle et l’autre, entre guillemets, politique ou philosophique. La raison personnelle, c’est que lorsque j’étais religieux, croyant et pratiquant, j’avais – comme tous les fidèles des monothéismes, je crois – une passion folle pour cette ville. Elle est magnifique par sa beauté physique, mais j’essaie de montrer dans mon livre qu’elle l’est surtout par son aura, par son auréole religieuse. C’est la dimension de la « Jérusalem d’en haut ». L’idée de Jérusalem est omniprésente dans la liturgie juive quotidienne, dans le texte biblique, chez les prophètes, dans la littérature exégétique et chez les mystiques.
À la fois la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste…
Exactement, et plus encore la Jérusalem fantasmée par des gens qui, souvent, ne l’ont jamais vue. Je m’intéresse beaucoup aux pèlerins juifs du Moyen Âge qui venaient d’Andalousie ou d’Espagne. Ils écrivaient des poèmes absolument inspirés sur la gloire de cette ville alors qu’ils étaient parfois empêchés d’y arriver. Même chez un auteur comme Faulkner, dans son roman dont l’un des titres est Si je t’oublie, Jérusalem, il ne parle pas de la ville elle-même mais de l’aura obsédante qu’elle dégage. Quand je me suis éloigné de la pratique religieuse, j’ai eu un blocage : je n’arrivais plus à retourner à Jérusalem en tant que simple touriste profane. Y aller sans logique de pèlerinage me semblait presque être une forme de profanation. Le point de départ de ce livre est donc ce récit personnel : une relation faite de fascination et de rejet.
Vous dites « quand j’étais croyant ». Jusqu’à quel âge l’avez-vous été et de quelle manière ?
J’ai grandi dans une famille qui n’était pas strictement orthodoxe au sens « orthopraxie totale », mais très traditionaliste, extrêmement observante et investie dans l’étude des textes. Je suis devenu très vite beaucoup plus pratiquant que mes parents. La........
