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Monologue imaginaire d’une Franco-Algérienne

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wednesday

Dehors, il y a les Français, à chaque coin de rue, dans le bus et dans les pierres des édifices, et je suis aussi française, et donc il y a moi qui, dans le reflet des vitrines, me surveille comme si je venais d’arriver dans ce pays ; et il y a moi, dans le monde du dedans, emmitouflée dans mes racines, qui me scrute comme si je n’avais jamais quitté l’Algérie.

Mes jambes nues, alors que je me hâte vers le bus, je les vois comme si je me suivais et me précédais. Au-dedans de moi, il y a, entassés, mes parents, mon quartier, mes tantes, mes ancêtres et tous les morts avec leurs prénoms qui se répètent dans les enfants de la famille. Dehors, il y a moi qui me juge. Me voile, me dévoile. Une femme passe avec un chien, et ce chien m’examine puis m’ignore.

Alors je ne sais pas où aller, même quand je vais chez moi. En France, j’ai eu la liberté, l’école, la folie furieuse d’être libre, le rire et l’avenue avec les lumières, et le droit sur tout et la jupe et le gazon et les épaules nues et une trousse de maquillage. J’aurais donc dû être heureuse, mais je ne le suis pas : le dedans me répète de me méfier du dehors, et dehors me dit que dedans, ce sont les morts, pas les vivants, et que je suis jeune et libre et belle.

Alors je suis en colère ; surtout quand je suis heureuse, car cela veut dire que j’ai accepté d’être française et que les gens dedans, en moi, vont me regarder avec ces yeux qui font mal au ventre et qui vous laissent nue et sans rien qui réchauffe, avec un gros index posé sur la tête baissée. J’ai la tête d’une cagoulée qui dénonce les siens.

Alors tout ce que me donne mon pays natal, la France, est sournois : de la triche pour avoir mon cœur, des mensonges, des racismes. C’est faux. C’est vrai.........

© Le Point