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Le fabricant d’ombres

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09.08.2026

Platon a raconté comment un prisonnier quittait la caverne et découvrait le monde réel. Moi, je voudrais raconter ce qui peut arriver après son retour. Dans cette caverne, des hommes vivent enchaînés depuis toujours, le regard fixé sur un mur, tandis que derrière eux, un feu brûle et que des porteurs font passer des objets entre la flamme et leurs dos, si bien que seules des ombres apparaissent sur la paroi. À force de les regarder jour après jour, les captifs finissent par croire que ces silhouettes forment le monde entier.

Un jour, l’un d’eux est libéré. On le force à se retourner, puis à monter vers la lumière, qui l’aveugle presque avant que ses yeux s’y habituent, et il découvre alors le feu, les objets, le ciel, les arbres, le soleil.

Lorsqu’il redescend pour parler à ses anciens compagnons, on l’écoute avec méfiance, car leur univers repose depuis toujours sur les images du mur et ce qu’il raconte dépasse tout ce qu’ils peuvent imaginer, de sorte qu’on le traite d’aveugle et qu’on se moque de lui. Il comprend alors qu’une vérité trop lointaine, trop différente de ce qu’on a toujours vu, est souvent rejetée, et il change de méthode en reprenant le seul langage que les prisonniers connaissent, celui des ombres.

Il retourne derrière le feu, saisit un objet et en projette la silhouette, et, cette fois, on l’écoute, car l’image leur donne un........

© Le Devoir