Libre opinion | Pourquoi ne pas miser sur des centres de soins globaux?
La première ligne reste le nerf de la guerre pour un changement complet et radical de l’offre de services de santé pour tous au Québec. Les dernières décennies n’ont apporté qu’un lot de décisions bureaucratiques visant à ne changer que des parties d’un système en pleine désuétude, avec pour résultante l’état médiocre de l’offre de soins aux patients. Comme clients, on connaît bien les effets pervers d’un système qui n’y arrive pas avec de vrais soignants en plein découragement, qu’ils soient médecins, infirmières, travailleurs sociaux et autres. Cela a assez duré.
Alors que le bateau coule, on se prend à rêver à l’espoir d’un retour en force des CLSC, créés au début des années 1970 et mis en avant par le visionnaire Dr Rochon, mais qu’on n’a pas su suivre jusqu’au bout. Je partageais moi-même ce rêve au tout début de ma carrière médicale : on allait enfin assurer une première ligne forte, proche des gens, où le médical allait côtoyer de près le social, et vice versa, dans l’intérêt des patients.
L’histoire a mal fini, puisque les CLSC sont vite devenus autre chose, par manque de vision commune et de leadership entrepreneurial et sans la participation réelle des patients eux-mêmes. La bureaucratie et les intérêts personnels sont passés devant le bien-être global des patients. Plusieurs parmi les premiers CLSC ont préféré ne pas engager de médecin dans leur établissement, ce qui a compromis sérieusement l’essence même de ce modèle novateur. Moi-même, comme médecin, et comme bien d’autres, je me suis fait refuser l’accès à certains de ces établissements prometteurs.
En période électorale, on tente de sortir des lapins du chapeau. Cette fois, c’est le CLSC qui en ressort, et on en parle comme d’une solution possible à notre mauvaise performance actuelle.
Est-ce sérieux ? J’en doute, surtout de la façon qu’on semble l’aborder. Certes, on parle de l’importance de la proximité des soins, ce qui a du sens, puisque les ex-CLSC sont encore existants et proches de la population. Or, la proximité des soins et leur efficacité ne fonctionnent pas sans une accessibilité facile en tout temps, ni sans l’intégration des services médicaux et sociaux ni sans l’adhésion des différents intervenants.
Quand j’entends certains politiciens parler de dernier recours, je reste sceptique. Quand on affirme (dixit la ministre) qu’on pourrait se présenter au CLSC si on a un problème avec son adolescent, mais pas pour de la fièvre, on est de toute évidence sur une mauvaise piste. On revient au cœur du problème de nos systèmes, qui est de diviser ou de dédoubler les services. Avec cette orientation, les médecins vont rester dans leur coin et, si possible, loin des CLSC comme persona non grata. On s’attend à mieux, et c’est une belle occasion de discuter d’actions plus fortes.
La réunification du médical et du social reste la grande inconnue dans l’équation. Un peu comme le casse-tête du recyclage pour le commun des mortels. La confusion est au rendez-vous dans les deux cas.
Ma suggestion, c’est de débattre de l’idée d’une modification profonde de système en lien avec les besoins globaux des personnes sans contraintes politiques. Notre besoin n’est pas de recycler des institutions du passé, mais bien de s’en inspirer, du bon comme du moins bon. On pense logiquement à des centres de soins globaux (CSG), où on approche l’ensemble de l’individu avec divers intervenants, y compris les médecins. C’est une porte ouverte pour tous les problèmes de santé, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, on s’y inscrit auprès d’une équipe et non auprès d’un seul intervenant. C’est aussi l’endroit où l’on décide du plan de soins avec le patient. Toute la première ligne s’y déploie, en proximité avec le vrai monde, selon les besoins de chaque individu.
Les bâtiments existent déjà (les ex-CLSC), des expériences y font déjà leurs preuves (les GMF). On pourrait y greffer des centres de pédiatrie sociale en communauté, des services de protection des enfants et des aînés, des soins à la petite enfance et des liens étroits avec les groupes communautaires (mieux payés). Ainsi, il n’y aurait plus de longues attentes inconcevables à l’urgence, ni de patients en attente d’un médecin ni de mauvaises utilisations des ressources. Tout le monde y trouverait son compte et personne ne serait exclu.
C’est cela, la première ligne intégrée, et son arrivée presse !
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