En Islande, les raisons du « non » à l'Union européenne
Le 29 août, en Islande, un peu plus d’un électeur sur deux a dit « non » à la réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE). Avec 52,8 % des suffrages, ce référendum islandais confirme une ambivalence tenace envers le projet d’intégration européenne – et referme, sans doute pour longtemps, un dossier que certains croyaient rouvert pour de bon. Une consultation qui en dit long, une fois de plus, sur les ressorts à la fois économiques et historiques de ce scepticisme insulaire.
Cette réticence n’a rien d’un accident de campagne. Petite économie dépendante des importations pour à peu près tout, l’Islande a bâti toute sa stratégie de développement sur sa capacité à trouver quelques produits qu’elle pouvait exporter massivement, au premier rang desquels ceux de la pêche. C’est dans ce cadre que l’ancien ambassadeur de France à Reykjavik, Jacques Mer, parlait d’une « ouverture obligée mais prudente ».
Une prudence à la fois économique et politique
La prudence est d’abord économique : le pays veut bien échanger, mais à la condition que certains secteurs stratégiques, comme la pêche et l’agriculture, restent en dehors de la libre circulation des marchandises. La prudence est aussi politique : l’Islande n’a récupéré son indépendance qu’en 1944, au terme de 682 ans de domination étrangère. De cette histoire longue découle une appétence limitée du corps électoral pour le fédéralisme européen.
En compilant sur une période de trente ans les résultats des meilleures enquêtes disponibles, on constate que les Islandais sont sceptiques vis-à-vis de l’UE. Quand on leur demande de noter leurs attentes en matière d’intégration sur une échelle allant de 1 (très souhaitable) à 5 (pas souhaitable du tout), leur score moyen est nettement supérieur à 3 (neutre).
Cet euroscepticisme, s’il constitue le fond de l’air islandais,........
