menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Relance du nucléaire : produire plus, plus vite, sans dégrader la sûreté, est‑ce possible ?

24 0
28.10.2026

En France, comme au Royaume-Uni ou aux États-Unis, le chantier de relance du nucléaire est ouvert. L’objectif : faire sortir de terre le plus rapidement possible de nouvelles centrales.

En France, comme au Royaume-Uni ou aux États-Unis, le chantier de relance du nucléaire est ouvert. L’objectif : faire sortir de terre le plus rapidement possible de nouvelles centrales.

Pourtant, ces dernières années, le secteur nucléaire français a montré des signes de fragilités.

Pourtant, ces dernières années, le secteur nucléaire français a montré des signes de fragilités.

Cette double réalité questionne : peut-on produire toujours plus sans menacer la sécurité ? Pour y répondre une équipe de chercheurs en sciences sociales travaille depuis dix ans sur le quotidien des professionnels du secteur.

Cette double réalité questionne : peut-on produire toujours plus sans menacer la sécurité ? Pour y répondre une équipe de chercheurs en sciences sociales travaille depuis dix ans sur le quotidien des professionnels du secteur.

« Le temps du nucléaire est venu », assurait en 2025 Donald Trump en promettant la multiplication par quatre de l’énergie nucléaire dans les 25 années à venir aux États-Unis. Quelques années auparavant, Emmanuel Macron s’engageait lui sur la sortie de terre de jusqu’à 14 nouveaux réacteurs, décrivant ce projet comme « le chantier du siècle », tandis que, en Grande-Bretagne, huit réacteurs sont prévus auxquels pourraient s’ajouter de petits réacteurs modulaires sur le territoire.

Que ce soit pour répondre aux craintes géopolitiques ou climatiques, ces investissements massifs dans des chantiers tous azimuts placent les organisations nucléaires face à une tension productive inédite. Ils s’accompagnent aussi de réformes destinées à les faciliter. En France, aux États-Unis comme en Grande-Bretagne, ces réformes engagées prennent certes des formes bien différentes mais poursuivent un même but : simplifier les relations entre exploitants et régulateur, accélérer les procédures (pour reprendre les termes de la loi du 22 juin 2023), et, pour cela, bien souvent réorganiser les autorités de sûreté nucléaire.

Ce contexte pose une question essentielle : peut-on accélérer la production sans rien sacrifier aux exigences de sûreté ?

Les défis sociotechniques d’une relance nucléaire

Cette interrogation est nécessaire au regard de la nature même de l’industrie nucléaire. Elle appartient à ce que le sociologue John Downer appelle « les technologies catastrophiques », celles dont une défaillance potentielle peut avoir des conséquences d’une gravité telle qu’elles ne peuvent se permettre d’échouer.

Elle l’est d’autant plus aujourd’hui que le secteur nucléaire a manifesté des signes de fragilité, d’ailleurs largement médiatisés, à toutes les étapes du cycle de vie des installations : dans les activités d’exploitation, avec la crise de la corrosion sous contraintes ; dans la construction neuve, avec les difficultés des chantiers de réacteurs de troisième génération, tels les EPR ; ou encore dans les retards importants des chantiers de démantèlement des installations arrêtées.

Pour éviter que la sécurité ne soit sacrifiée à l’aune d’une quête de performance productive et économique toujours accrue, le nucléaire s’est doté de longue date de contre-pouvoirs. Tant en interne, avec des métiers et des départements spécialisés dans la sûreté et autonomes des contraintes de production ; qu’en externe, avec la présence d’une autorité de sûreté indépendante, dotée de pouvoirs de contrôle, voire de sanction.

Mais ces dernières années, des voix se sont élevées pour dénoncer le poids de la logique de contrôle, la complexité croissante de l’infrastructure réglementaire, sa difficile application sur le terrain, et le risque que les règles de sûreté deviennent un empêchement à produire, dans des calendriers et à des coûts raisonnables, mais aussi, paradoxalement, en sûreté.

Pour comprendre s’il est possible de concilier performance productive et sûreté dans les secteurs à haut risque, il est essentiel d’analyser au plus près le travail quotidien des hommes et des femmes de ces industries.

C’est ce que fait depuis dix ans, la chaire de Recherche en sécurité, organisation, humains (RESOH). Les recherches qui y sont menées partent d’une idée centrale : la sécurité, comme la performance, sont partie intégrante du travail. C’est donc par l’analyse du travail « productif » (qu’il s’agisse d’un travail de conception, d’exploitation, de........

© The Conversation