Iran : "Il y a une forte parenté entre l'islamisme et les fascismes européens"
Depuis 1979, l'Iran vit sous un régime unique au monde : une « république islamique » chiite. Pourtant, montrent Stéphanie Roza et Amirpasha Tavakkoli, l'histoire n'était pas écrite d'avance. Au début du XXe siècle, le pays est proche de basculer vers le libéralisme, après une révolution constitutionnaliste. Quelques décennies plus tard, c'est Mohammad Mossadegh, nationaliste de gauche, qui tente d'engager l'Iran sur la voie de la modernité. Mais ce sont finalement les mollahs et Rouhollah Khomeini, qui opère une synthèse chiite des idées des Frères musulmans formulées par Hassan al-Bannâ et Sayyid Qutb, aux influences plus européennes qu'on ne le croit, qui l'emportent finalement.
Marianne : Vous montrez dans votre livre que l'Iran n'était pas « destiné » à vivre sous le joug d'une théocratie, mais que d'autres voies ont failli advenir au cours du XXe siècle.
Stéphanie Roza : Oui, l'Iran connaît au début du XXe siècle une révolution qui est inspirée, en tout cas pour sa partie libérale, par les idéaux de la Révolution française. Elle porte des valeurs de modernité, d'égalité civile, de sécularisation, etc. Toutefois, il y a aussi une partie du clergé qui participe à la révolution. Au départ, cette fraction est constitutionnaliste, puis devient assez rapidement anti-constitutionnaliste et se retourne contre les avancées de la révolution. L’Iran est le premier pays du Moyen-Orient à connaître une révolution de ce type.
