Thierry Breton interdit aux États-Unis : "La sidération des Européens a tout du dépit amoureux"
Invité à Boston en 1992 pour une conférence, Régis Debray est refoulé du territoire américain en vertu d’une ancienne interdiction d’entrée datant de son passé en Amérique du Sud et de mauvaises fréquentations (celles d’« organisations terroristes » du même sous-continent) : la CIA a bonne mémoire. On n’a pas souvenir que cette interdiction ait soulevé des tonnes de commentaires ni une réprobation unanime. Il faut dire qu’à l’époque, une interdiction d’entrée aux USA valait considération dans une large partie de l’opinion française. La même interdiction, faite il y a quelques jours à Thierry Breton, a déchaîné une vague d’indignation qu’on n’aurait pas soupçonnée.
On pourrait penser que le statut de philosophe et celui d’ancien Commissaire européen expliquent cette différence de traitement. Mais Debray était l’ancien conseiller de François Mitterrand et avait eu, aussi, à traiter de questions internationales. Il avait à ce titre été pourvu, dans les années 80, d’un passeport diplomatique lui permettant d’entrer, malgré tout, aux USA. C’est d’ailleurs une suggestion qu’on peut faire, distribuer à Thierry Breton un passeport de ce type pour lui rendre sa liberté de mouvement.
Si on s’est livré à ce petit anachronisme, c’est pour s’interroger sur le retournement qui fait aujourd’hui apparaître comme un scandale ou une humiliation ce qui était, il y a trente ans, une forme de distinction. Un retournement révélateur du glissement, dans la période, d’une indépendance, sans doute déjà très relative mais revendiquée, « à la française », à une alliance-dépendance plus conforme aux standards de nos partenaires de l’Union européenne.
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