Quand «Libération» rencontrait Edgar Morin
Les mots d’Edgar Morin sont nombreux dans Libération. L’élaboration de son œuvre bien sûr a été suivie de près et les six tomes de la Méthode auront fourni au journal l’occasion de nombreuses rencontres mais la «pensée complexe» du sociologue et philosophe était par essence transdisciplinaire et ses objets d’étude le rendaient particulièrement pertinent sur les sujets les plus divers. Alors qu’Edgar Morin vient de mourir à l’âge de 104 ans, plongée dans les archives de Libération et trente ans d’interviews aussi éclectiques que passionnantes. Extraits.
1997, Lady Di, la mort et les idoles
La mort de la princesse Diana à Paris, le 31 août 1997, dans un accident sous le pont de l’Alma va au-delà du fait divers et déborde la rubrique people. Auteur en 1957 des Stars, un essai consacré aux vedettes de cinéma, Edgar Morin analyse pour Libé les résonances intimes et planétaires de la mort de celle qu’il range parmi les «Olympiens modernes» : «Entre nous et ces Olympiens existe une relation d’une extrême intimité. Nous nous nourrissons de leurs vies supérieures et nous projetons sur eux les aspirations que nous ne pouvons réaliser. Nous les nourrissons de nos aspirations et eux nous nourrissent de leur vie. Ce sont des êtres qui vivent réellement, mais, en même temps, c’est nous qui insufflons notre âme, nos aspirations en eux.»
L'interview de septembre 1997
Edgar Morin: «Une relation d'intimité entre nous et l'Olympe»
2001, mondialisation ou antimondialisation ?
La tenue simultanée du Forum économique mondial de Davos, symbole de la puissance du capitalisme néolibéral, et du Forum social de Porto Alegre, incarne les deux faces de la mondialisation, inséparables et antagonistes. A Libé qui l’interroge sur ce que ces forums révèlent de l’époque, le «braconnier du savoir» oppose le renouvellement de la notion d’«internationalisme» : «Aujourd’hui, une citoyenneté planétaire doit succéder aux anciens internationalismes abstraits, sans nier les nations concrètes. Le mal contemporain n’est pas la nation, c’est le nationalisme qui refuse toute instance collective supérieure pour traiter les problèmes qui dépassent les cadres nationaux et ignore les besoins vitaux de l’humanité. Nous pouvons et devons avoir une identité citoyenne plurielle: citoyens de notre nation, citoyens européens en ce qui nous concerne, enfin citoyens de la Terre-Patrie. Nous avons ainsi des patries concentriques s’intégrant les unes dans les autres: c’était le lien entre patriotisme terrestre et patriotisme national qui manquait à l’internationalisme.»
L'interview de février 2001
Porto Alegre, «l'internationale citoyenne en gestation»
2003, la voiture ou comment s’en débarrasser
En 2003, Edgar Morin participe au Comité des sages chargé de surveiller le débat national sur l’énergie. Dans son rapport, c’est la voiture qui concentre l’essentiel des remarques. L’occasion pour Libération de l’interroger sur le sens de cette «intoxication automobile» : «La voiture est devenue un objet de fixation pathologique. […] C’est certainement le plus beau jouet offert à l’homme du XXe siècle. Il procure des jouissances formidables, il symbolise la liberté, le confort, la puissance. En même temps, il développe une ahurissante intolérance à l’égard........
