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Bourse: ce que les prix disent sur la guerre en Iran

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17.04.2026

EXPERT INVITÉ. Le détroit d’Ormuz est ouvert apparemment. C’est super. Espérons que ça dure. Mais pourquoi le marché a-t-il encore une fois monté autant avant la nouvelle?

Pourquoi la nouvelle arrive et la Bourse est déjà à un sommet historique? C’est bien la question. Je pense que cette question en dit long sur la façon dont nous percevons les marchés.

Depuis le 31 mars, je me promène dans différents médias et conférences en disant que le creux est fort probablement derrière nous et que le marché est passé à autre chose. Chaque fois on m’a regardé de travers. C’est normal parce que, dans ce marché, il y a toujours une longue liste de raisons pour lesquelles les actions ne sont soi-disant pas censées monter. La guerre. L’économie. Les taux. L’intelligence artificielle. L’emploi. Donald Trump. Peu importe. Il y a toujours quelque chose.

Je blague souvent en disant: OK. Vendez-le à découvert. Vendez le marché. C’est un peu baveux, mais bon.

Presque chaque fois, la réponse ressemble à ceci: non, non, je ne peux pas, parce que le marché est irrationnel.

Je comprends tellement ce sentiment. Dieu sait que tous les investisseurs l’ont vécu. Mais un marché n’est pas irrationnel simplement parce qu’il ne fait pas ce qu’on voudrait qu’il fasse. Ça se peut bien qu’il soit irrationnel, mais les chances que ce soit nous le problème me semblent plus élevées.

Un marché, ce n’est qu’un prix. Ma philosophie de placement repose sur une idée simple: le prix dicte l’histoire.

C’est une idée qui paraît banale, mais qui est en réalité contre-intuitive. Parce que dans les marchés, nous avons tous tendance à vouloir faire l’inverse. Nous voulons bâtir une thèse, empiler les risques et les occasions, structurer un récit, nous positionner avec cette histoire et attendre que le marché nous donne raison. Quand il ne le fait pas, la tentation est grande de conclure qu’il exagère, qu’il se trompe, ou qu’il est irrationnel.

Mais le marché, au fond, n’est qu’un prix. Un point d’équilibre entre des acheteurs et des vendeurs. Si les acheteurs sont plus agressifs que les vendeurs, le prix monte. Si c’est l’inverse, alors il baisse. Le reste, c’est des histoires qu’on se raconte. C’est pour cette raison que le prix mérite notre respect.

Je ne dis pas qu’il faut suivre chaque mouvement les yeux fermés. Je ne dis pas non plus qu’il faut abandonner toute réflexion fondamentale, toute analyse macroéconomique ou toute lecture du contexte. Ça serait une caricature. Je dis plutôt ceci: quand il y a un écart persistant entre notre scénario et le comportement du marché, il faut avoir l’humilité de considérer que le prix est peut-être en train de voir quelque chose avant nous.

C’est particulièrement vrai dans les épisodes de tension géopolitique.

Quand on est dans ces moments, tout semble extrême. Les manchettes sont lourdes, les scénarios sont atroces, les risques paraissent infinis. L’impression dominante est souvent que les marchés devraient continuer de baisser tant que la situation n’est pas parfaitement réglée. Mais l’histoire des marchés nous enseigne autre chose.

Le marché n’attend presque jamais le retour au calme absolu pour se redresser. Il commence à remonter dès que le pire scénario cesse d’être le scénario dominant dans les prix.

Le contexte peut demeurer fragile. Les enjeux peuvent être réels. Les risques peuvent subsister. Mais ce n’est pas la bonne question. La vraie question n’est pas de savoir si le risque existe encore. La vraie question est de savoir si ce risque est déjà largement intégré dans les prix, ou si, au contraire, le marché commence à réviser la probabilité du pire.

Les marchés ne traitent pas ce qui est imaginable de manière uniforme. Ils assignent une probabilité. Dans une crise comme une guerre, le scénario qui prévoit que le baril de pétrole monte à 200$US ou plus existe, alors on le considère dans le prix. Toutefois, au fur et à mesure que la situation se stabilise, la probabilité que tout parte en vrille semble s’estomper. Dès que cette évaluation change, même légèrement, le prix change aussi. C’est pourquoi il faut écouter le marché avant de vouloir lui faire la leçon.

Avec les années, j’en suis venu à voir cela non seulement comme une méthode, mais comme une discipline intellectuelle. Accepter cette philosophie, c’est reconnaître que dans un système aussi complexe, aucun investisseur, aucun économiste et aucun stratège n’a le luxe d’ignorer le signal le plus direct qui soit.

Comme je dis souvent: «le dataset le plus propre qui existe.» Le prix est imparfait, bien sûr. Il est parfois excessif, parfois nerveux, parfois émotif. Mais il demeure la synthèse la plus honnête de l’information, des anticipations et du positionnement à un moment donné.

Autrement dit, le prix n’est pas un détail autour de l’histoire.

Le prix, c’est l’histoire.


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