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Je ne vous dirai pas pour qui voter

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01.10.2026

EXPERT INVITÉ. La semaine dernière, un entrepreneur que je respecte m’a demandé d’afficher publiquement mon appui à un parti. «Ton opinion a de l’influence dans le milieu», me disait-il. J’ai répondu «non» à l’idée d’exprimer une préférence.

Georges Karam, Olivier Primeau et d’autres entrepreneurs ont choisi de le faire. C’est leur droit. Pour ma part, avoir bâti, vendu, planté et redressé des entreprises m’a certes donné des cicatrices, de l’expérience et moins de certitudes qu’à vingt ans, mais pas suffisamment d’égo pour vous dire de voter comme moi.

Réussir en affaires ne donne pas une voix qui vaut davantage dans l’isoloir.

Cela dit, ne pas donner de consigne de vote ne m’oblige pas à trouver que tout va bien. J’ai des déceptions et des questions qui, je pense, méritent mieux qu’une cassette de débat.

Tout d’abord, a-t-on encore le goût de bâtir?

Le Journal de Montréal rapportait cet été que le Québec comptait environ 123 000 entrepreneurs en 2025, le plus faible nombre depuis 1980, selon une compilation ministérielle de données de Statistique Canada.

Dans un sondage de la FCEI, 60% des propriétaires de PME interrogés estiment que le Québec n’est pas un endroit attrayant pour démarrer ou faire grandir une entreprise.

Quand ceux qui sont déjà en affaires portent ce jugement, comment donner envie à d’autres de se lancer?

Ce qui m’inquiète, c’est ce découragement et ce qu’il peut nous coûter: des projets abandonnés, des embauches reportées et des gens qui finissent par se demander pourquoi ils continuent. Je sais ce que c’est de se poser cette question après des années de sacrifices.

Alors, avant de nous promettre les prochains champions, comment redonne-t-on à du monde ordinaire l’envie de commencer? Comment facilite-t-on la reprise des entreprises existantes?

C’est aussi pour ça que l’argument de nous protéger contre Trump pour justifier un nouveau mandat caquiste finit par m’agacer. La menace commerciale est réelle. Mais pendant qu’on nous demande de regarder vers Washington, j’aimerais qu’on regarde aussi ce qui se passe dans nos rues.

L’itinérance, les écoles qui se dégradent, les préoccupations de sécurité, les routes qu’on peine à entretenir: ces problèmes méritent des réponses, même quand le président américain fait les manchettes.

Si Trump quittait la Maison-Blanche demain matin, qu’est-ce qui serait réglé au Québec? On aurait toujours des enfants dans des classes inadéquates et des gens qui dorment dehors. On aurait toujours besoin de services publics qui fonctionnent et d’un gouvernement capable de livrer ce qu’il........

© Les Affaires