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Derrière la chute de Viktor Orban, la fragilité des démocraties truquées

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15.04.2026

Viktor Orban, qui dirigeait la Hongrie depuis seize ans et aura fait de ce petit pays d’Europe centrale la vitrine internationale de la « démocratie illibérale » – selon sa propre formule, brandie avec fierté –, vient d’essuyer une défaite cinglante dans les urnes. Le principal parti d’opposition, Tisza, devrait décrocher plus des deux tiers des sièges à l’Assemblée nationale. Le succès de Péter Magyar est si net que Viktor Orban a reconnu sa défaite quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote, en félicitant son successeur.

Cette victoire n’en est que plus saisissante qu’Orban s’était montré, au fil des années, redoutablement efficace pour mettre la vie publique hongroise sous coupe réglée. Il avait tissé un vaste réseau de vassaux dont la fortune dépendait de son bon vouloir. Il s’était imposé comme le porte-voix des valeurs conservatrices auxquelles adhère une large part de l’électorat. Et il avait surtout excellé à se mettre en scène comme le seul homme capable de protéger la Hongrie contre ses ennemis.

Des ennemis changeant au gré des besoins du moment. Ce furent tour à tour George Soros – né en Hongrie et ancien financeur des études d’Orban à Oxford –, l’Union européenne, qui ne s’est mise à dénoncer ses abus de pouvoir pourtant flagrants qu’après les avoir tolérés bien trop longtemps, puis l’Ukraine, accusée, dans les versions les plus délirantes de la dernière campagne, de nourrir des visées d’invasion sur la Hongrie. Une seule chose, en revanche, ne variait jamais : l’insistance d’Orban à présenter la menace comme existentielle et à se poser en unique rempart de la nation hongroise.

La Hongrie, pays le plus pauvre de l’UE

Mais après de longues années au pouvoir, les dirigeants finissent généralement par être jugés moins sur leur rhétorique que sur leur bilan. Et celui d’Orban paraissait de plus en plus désastreux.

Jadis l’un des pays les plus prospères d’Europe centrale, la Hongrie est aujourd’hui le plus pauvre de l’Union européenne ; ces dernières années, le niveau de vie du Hongrois moyen est même tombé en dessous de celui de pays historiquement bien plus démunis, comme la Roumanie ou la Bulgarie. La corruption y est si profondément enracinée qu’elle a commencé à peser sur la vie quotidienne des citoyens ordinaires ; l’impunité manifeste dont bénéficiaient les alliés d’Orban, y compris lorsqu’ils violaient gravement la loi, a largement contribué à éloigner de lui, en quelques mois, nombre de ses anciens soutiens.

Et sur la scène internationale, un pays qui avait subi pendant un demi-siècle la domination brutale de l’Union soviétique – notamment en 1956, lorsqu’un gouvernement réformateur fut écrasé par les chars du Kremlin – s’est retrouvé davantage aligné sur Moscou que sur Bruxelles, une évolution que beaucoup de Hongrois ont fini par regarder avec amertume.

L’homme qui a su tirer parti de ces défaillances avait lui-même été, pendant l’essentiel de sa........

© Le Point