Camille Étienne ou l’écologie manichéenne
Ces dernières années, Camille Étienne s’est imposée comme l’une des figures les plus visibles de l’écologie militante en France. Son succès tient à de réelles qualités : une aisance oratoire, un sens de la mise en scène et une capacité à capter l’attention médiatique. Elle sait ainsi mobiliser l’émotion, donner une incarnation personnelle à des enjeux lointains et transformer des préoccupations écologiques générales en messages simples et accessibles, tout en se réclamant de la science. Cette faculté à toucher un large public, notamment les plus jeunes, lui a valu une place centrale dans l’espace public.
Mais l’efficacité d’un discours ne garantit pas sa solidité conceptuelle. À y regarder de plus près, la vision du monde de Camille Étienne repose sur trois simplifications majeures. La première consiste à faire de la nature un ordre qu’il faudrait préserver tel quel, au point de considérer toute transformation de l’environnement comme destructrice. La deuxième tient à une lecture manichéenne de la vie politique, réduite à l’affrontement entre gardiens vertueux de l’environnement et forces cyniques du profit. La troisième concerne son usage de la science, convoquée comme un tribunal d’appel définitif, plutôt que comme une activité faite d’hypothèses, d’incertitudes et de discussions.
À force de réduire l’histoire naturelle, la politique et la recherche à des schémas aussi sommaires, elle contribue donc à appauvrir et à polariser les débats de société.
Le conservatisme environnemental
Pour prendre conscience de sa vision conservatrice de la nature qui nourrit toutes ses interventions, il suffit de se tourner vers son livre Pour un soulèvement écologique (éditions du Seuil, 2023). Elle y révèle ainsi explicitement que son action politique trouve sa source dans son attachement viscéral à la pérennisation des glaciers : « Les glaciers sont ma colonne vertébrale. Ils m’ont poussée à m’engouffrer dans l’action, par tous les moyens. Ces géants de glace ne doivent jamais périr. »
La formule est forte, mais elle traduit avant tout un attachement sentimental, plus qu’une analyse des dynamiques environnementales. Que la fonte de certains glaciers puisse entraîner des difficultés concrètes – tensions hydriques, déséquilibres écologiques locaux – est indéniable. Pourtant, ce ne sont pas ces effets différenciés qui sont ici mis en avant, mais l’idée que le changement lui-même constitue un mal.
Cette posture revient à oublier toute perspective historique. La nature n’a jamais été dans un état figé et encore moins dans un état qu’il nous faudrait conserver. Les écosystèmes se transforment en permanence, sous l’effet des variations climatiques, géologiques et biologiques. Les glaciers eux-mêmes avancent et reculent depuis des millénaires ; les forêts gagnent ou perdent du terrain ; les écosystèmes se transforment au fil des siècles et des millénaires. L’histoire de la nature est ainsi celle d’un mouvement continu, non d’un équilibre immobile.
Reconnaître cette dynamique n’implique pas d’ignorer les risques actuels ni de nier la responsabilité humaine dans certains changements en cours. Mais cela oblige à penser la transformation autrement que comme une dégradation par principe.
Il faut d’ailleurs rappeler que l’intervention humaine dans les milieux naturels n’a pas été seulement synonyme de destruction. L’assèchement de certaines zones humides a permis de réduire drastiquement la prévalence de maladies comme........
