Thierry Breton : « Pourquoi les primaires ne sont pas adaptées à notre temps »
Je n’ai jamais cru aux primaires. La tentation est pourtant grande. Dans des partis traversés par les courants, les ego et les frustrations, la primaire apparaît comme une solution simple : on organise un grand vote, on tranche le débat, et tout le monde se range derrière le vainqueur. La promesse est séduisante : plus de démocratie, plus de transparence, plus de légitimité.
Mais l’expérience française et le regard comparatif conduisent à une conclusion nette : les primaires ne sont ni adaptées à la Ve République, ni adaptées à l’état actuel de la démocratie française.
Il faut commencer par le rappeler sans fard : les primaires n’ont pas été pensées pour « moderniser la démocratie française » en général. Elles ont été conçues pour traiter un problème très circonscrit : l’incapacité du Parti socialiste à se choisir un chef.
À l’origine, une méthode pour départager les « éléphants » du PS
À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le Parti socialiste ne sait plus trancher entre ses « éléphants » – ces figures tutélaires que tout le monde connaît et que personne ne parvient à départager : Dominique Strauss‑Kahn, Laurent Fabius, Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal, Jack Lang et quelques autres. Les congrès se terminent mal, les compromis d’appareil génèrent des rancœurs plus que du rassemblement, les votes internes frôlent la crise de régime.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la « solution primaire ». En 2008, la fondation Terra Nova, présidée par Olivier Ferrand, commande à Olivier Duhamel un rapport proposant une « primaire à la française ». L’objectif est explicite : sortir le PS de ses paralysies, « ouvrir » la décision au‑delà des seuls militants, mettre fin aux guerres d’éléphants en appelant au secours un électorat plus large de sympathisants.
Terra Nova revendiquera ensuite être « à l’origine intellectuelle des primaires ». L’idée est adoptée par les militants socialistes et débouche sur la primaire ouverte de 2011. La généalogie compte : la primaire est, à l’origine, une rustine organisationnelle pour un parti affaibli, pas un outil conçu pour refonder les institutions de la Ve République.
Un bilan français sans équivoque
Depuis, les primaires présidentielles ont été peu nombreuses, mais décisives. Leur bilan est sans appel.
En 1995, une primaire interne au Parti socialiste désigne Lionel Jospin : il perd face à Jacques Chirac.
En 2007, les militants socialistes choisissent Ségolène Royal : elle perd face à Nicolas Sarkozy.
En 2016, la primaire de la droite et du centre consacre François Fillon : il est éliminé dès le premier tour en 2017.
En 2017, la primaire de la “Belle alliance populaire” porte Benoît Hamon : il recueille environ 6 % et précipite l’effondrement du PS.
Reste un cas particulier : François Hollande, seul candidat issu d’une primaire à avoir accédé à l’Élysée. En octobre 2011, la primaire citoyenne PS‑PRG mobilise près de trois millions de votants au second tour. C’est un événement politique national inédit : bureaux de........
