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L’erreur persistante du « vote musulman » en Occident

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01.04.2026

On ne gagne rien à homogénéiser le « vote musulman » en France. Il est aussi pluriel dans ses raisons que le sont les illusions qu’on projette sur lui. Mais il faut en parler. Briser le tabou des statistiques interdites, accepter de regarder ce phénomène en face, même si le terrain est risqué. Sinon, le vote musulman continuera d’exister derrière l’écran du déni, se consolidera comme ancrage et comme contrepoids à la République. Il est déjà là, il suffit d’ouvrir les yeux. Certains y réussissent des braconnages politiques.

De quoi s’agit-il ? On pourrait l’appeler « vote musulman », mais ce n’est pas une catégorie seulement religieuse, c’est aussi une construction politique. Ce n’est pas le vote de tous les musulmans, mais l’usage d’une appartenance supposée – croyance, origine, quartier – comme bloc électoral. Derrière le « communautaire » sublimé et surinvesti, derrière le « survote » à gauche (longtemps PS, aujourd’hui LFI), il y a les raisons économiques, la pauvreté, les déséquilibres territoriaux.

Mais il y a aussi ce fait « culturel » : la démonstration qu’on peut manipuler, faire fructifier la « musulmanité » en politique et lui offrir la croyance d’une victoire possible sur « l’autre France », sur la République. C’est habile, méprisable, techniquement attendu, mais cela fonctionne dorénavant.

Le miroir des pays d’origine

Pour celui qui vient du Maghreb, deux constats s’imposent. Le premier est ce spectacle de la démocratie : ici, en France, le vote peut se réclamer vote musulman et même exhiber ses alliances populo-islamistes.

En contraste, dans les pays dits « arabes », quand on vote islamiste, cela finit souvent par un putsch, une guerre civile, une annulation pure et simple, une reprise en main par les militaires ou une procédure plus subtile d’exclusion et d’empêchement. C’est une remarque grossière, mais elle tient : nulle part, la voix d’un musulman, son bulletin, ne vaut autant que dans les pays non musulmans.

L’autre idée est plus floue, mais pas quand on est maghrébin. Quand les partis islamistes ont conquis les urnes – en Tunisie avec Ennahda, en Algérie avec le FIS, au Maroc avec le PJD –, l’une des révélations a été le vote islamiste des communautés d’émigrés installées en Europe, notamment en France.

De la détresse sociale au récit religieux

À croire que le vote religieux qui se pratique aujourd’hui en France avait déjà été expérimenté par le vote diasporique en direction des pays d’origine des immigrations. Mêmes profils d’électeurs, parfois, mêmes illusions sur le vote confessionnel.

Aujourd’hui, dans les banlieues européennes, la formule inventée par les Frères musulmans en Égypte – « L’islam est la solution » – circule parfois en sourdine : l’islam comme réponse globale, identitaire, magique, là où l’école, le travail, le droit, la politique n’ont pas tenu leurs promesses. En démocratie comme en dictature, ce slogan procède des mêmes duplicités, des mêmes inconsciences et, au bout, de la même cata-strophe : l’impossibilité de voir le réel pour les « musulmans ».

Voici que le vote musulman revient en France sur le devant de la scène, peut-être faible dans la réalité, mais amplifié par les effets de loupe, les médias, les réseaux, les paniques politiques. Peut-être passager, mais déjà il pousse à la peur. Comment faire en sorte que le vote de citoyens musulmans devienne un vote français, c’est-à-dire un vote traversé par les mêmes questions que les autres – école, santé, travail, logement, avenir des enfants ? Comment récupérer ce vote sans aggraver ses illusions, ses exaltations, ses séparatismes ?

Il faudra autre chose qu’un clientélisme de mosquée, quelques mots en arabe en période électorale et de la judéo-phobie. Il faudra parler à ces électeurs comme à des citoyens entiers, pas comme à un marché communautaire ; reconnaître la part de souffrance sociale, réelle ou rentière, qui nourrit ce vote, sans flatter la tentation religieuse.

Il faudra aussi cesser de prétendre que le problème n’existe pas. La question n’est pas de savoir si le vote musulman est réel ou fantasmé, mais comment faire pour que, là où il existe, il soit dirigé vers le pays qui l’abrite, et non tourné vers les mirages des « origines ».


© Le Point