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Camus, saint Augustin : le diptyque méconnu

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22.04.2026

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Versus « J’ai fermé ses yeux. Une immense tristesse a envahi ma poitrine, sur le point de libérer un flot de larmes. Mais j’ai fait violence à mes yeux pour en tarir la source. »

Qu’ont-ils en commun, les auteurs de ces phrases ? La crise. Ce qui les sépare, c’est l’issue et les siècles. Dans ses Aveux [l’autre titre des Confessions, NDLR], rédigés entre 397 et 401, saint Augustin trouve une réponse à la mort dans la transcendance ; Meursault, dans L’Étranger (1942), la récuse. L’« explication », ce grand métier des religions, il ne la cherche pas chez Dieu mais dans l’homme, faussement transparent, sincère jusqu’à servir de bouc émissaire.

Le monde de saint Augustin est celui du péché et de la culpabilité ; Meursault, lui, incarne le refus de la culpabilité malgré le crime. S’il avait parlé à un Dieu éventuel, Meursault aurait dit « ma langue transparente avoue ton absence », sur le rythme d’Augustin, qui écrivit « ma langue obscure avoue ton immensité ».

On pourrait allonger la colonne des comparaisons : L’Étranger a quelque chose des Confessions. Camus a d’ailleurs étudié Augustin dans son mémoire........

© Le Point