Pourquoi les mères jurent que le bébé ressemble à son père
Ah qu’il est curieux de voir combien de traces de notre nature animale persistent jusque dans les lignes impeccables de la technologie moderne. Du porno généré par l’IA à la vertu ostentatoire sur les réseaux sociaux, des prédateurs sexuels aux jeux d’horreur en réalité virtuelle, jusqu’au cocuage et aux échographies – notre sujet du jour –, les innovations techniques recyclent souvent de très vieux problèmes adaptatifs. On aura beau faire : la condition première de notre espèce reste de transmettre ses gènes. À cet égard, nous ne sommes guère différents des autres animaux.
J’ai déjà évoqué dans cette chronique une angoisse masculine tout à fait tenace : le risque d’être cocu – autrement dit, élever l’enfant d’un autre homme en croyant qu’il est le sien. C’est, en somme, se démener pour un rival : investir des ressources considérables dans les gènes d’autrui pendant que l’intéressé répand les siens sans s’embarrasser de responsabilités paternelles.
Dans cette bataille originelle entre les sexes, l’intérêt de la femme est inverse : « convaincre » son partenaire que l’enfant est bien le sien, même s’il a été conçu avec le beau gosse un peu simplet aux abdos saillants croisé rue de la soif par une nuit trop chaude.
Si je mets « convaincre » entre guillemets, c’est qu’une femme enceinte d’un autre homme ne cherche pas forcément à berner son compagnon. Elle peut aussi se convaincre elle-même – ou agir sous l’effet de biais implicites, voire de souvenirs réarrangés.
Pourquoi la perception compte plus que la réalité
Quoi qu’il en soit, dans une certaine mesure, la vérité importe peu. Si un homme pense que le bébé n’est pas le sien – même si c’est faux, ou si sa partenaire n’a jamais été avec quelqu’un d’autre – cela influencera très probablement, et souvent à son insu, sa décision de s’investir comme père.
Une abondante littérature scientifique montre que les hommes consacrent davantage de temps, d’énergie et de ressources aux enfants qu’ils perçoivent comme étant leur propre descendance biologique. N’oublions pas que l’architecture de notre cerveau s’est façonnée bien avant que les tests ADN ne viennent lever toute incertitude sur la paternité.
Du côté de la mère, en revanche, aucune ambiguïté : l’enfant est littéralement sorti de son ventre et, pour toujours suivre le petit chemin de la psychologie évolutionnaire, deviendra un vecteur supplémentaire de la transmission de ses gènes.
Encore faut-il, pour en arriver là, que l’enfant survive jusqu’à l’âge de la reproduction. Même aujourd’hui, ce n’est pas une mince affaire ; alors imaginez il y a des dizaines de milliers d’années. On estime qu’environ 27 % des nourrissons mouraient avant leur première année et près de 48 % des enfants avant la puberté. La présence d’un père augmentait cependant nettement les chances de survie, en apportant protection, ressources, statut social et savoir-faire. D’un point de vue stratégique, il est donc dans l’intérêt de la femme d’inciter son partenaire à « se sentir sûr de sa........
