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Narcissisme, psychopathie… Les homosexuels sont-ils plus concernés que les hétéros ?

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30.03.2026

Alors, certes, je n’habite pas seul avec maman dans un très vieil appartement, mais si vous lisez régulièrement cette chronique, vous avez sans doute compris que je suis un homo, comme ils disent. Ce que je suis d’ailleurs depuis mes tout premiers jours in utero, quand je n’étais encore qu’un fœtus. Ou peut-être pas. Avec l’amnésie infantile, qui peut bien s’en souvenir ? Ce dont je suis certain, par contre, c’est d’avoir jamais éprouvé le moindre sentiment hétérosexuel. Dans le cas contraire, cela ferait de moi une sorte de bisexuel.

Or je suis simplement un homosexuel de stricte observance – pour employer un terme quelque peu technique. Sur ce sujet, les psychologues Peter Jonason et Severi Luoto se posent une question passionnante : est-ce le fait d’être non hétérosexuel a fait de moi, et de mes congénères sexuellement marginaux, des êtres humainement plus ou moins déplorables – c’est ma formulation, pas la leur – que le reste de la population ? J’ai ma petite idée sur le sujet, mais je suis curieux de savoir dans quelle mesure je pourrais être, objectivement, une sale bête.

La part d’ombre ordinaire

Je précise que cela n’a pas un sens forcément péjoratif. Une certaine dose de fourberie peut même avoir son utilité sur le plan adaptatif. Depuis plusieurs décennies, les chercheurs en psychologie de la personnalité s’efforcent de cerner un ensemble bien défini de traits sociaux indésirables, connu sous le nom de « triade noire ». Celle-ci regroupe trois dimensions, généralement subcliniques et relevant des différences individuelles : le narcissisme, le machiavélisme et la psychopathie.

Nous avons presque tous, à des degrés divers, notre petite part d’ombre, même lorsque nos scores restent bas sur ces traits. Mais voyez plutôt si les descriptions que les auteurs donnent de leurs formes les plus prononcées vous rappellent quelqu’un de votre entourage – quelqu’un, sans doute, qui n’est pas des plus chers à votre cœur :

« Les narcissiques se distinguent par un complexe de supériorité, un égocentrisme marqué et un fort tropisme autocentré ; les machiavéliques, eux, sont souvent manipulateurs, calculateurs et portés à exploiter autrui, avec un sens moral à peu près nul ; les psychopathes, enfin, se signalent par des conduites antisociales, l’impulsivité, et une absence d’empathie comme de remords. »

De fait, un corpus scientifique très solide pointe des différences entre les sexes pour ce qui relève de la triade noire : les hommes y obtiennent en général des scores plus élevés que les femmes. Des études menées sur des jumeaux indiquent aussi que ces traits sont, dans une certaine mesure, héréditaires sur le plan génétique – à l’exception, peut-être, du machiavélisme.

La face cachée de l’arc-en-ciel

Ce qu’on ignore encore, comme le notent Jonason et Luoto dans une étude de 2021 parue dans Personality and Individual Differences et ayant comme titre délicatement provocateur « la face cachée de l’arc-en-ciel », c’est la manière dont ces traits peuvent se distribuer chez les personnes non........

© Le Point