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La face cachée du voile

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23.03.2026

Je dois bien avouer que les pratiques islamiques en matière de voile me fascinent, en grande partie parce qu’elles me sont profondément étrangères. Ayant grandi dans le Midwest américain dans les années 1980, mon exposition aux femmes voilées n’a pas dépassé quelques mariées, le visage recouvert de dentelle le grand jour, et au souvenir quelque peu macabre d’une vieille tante et de son voile noir de deuil lors d’un enterrement. Enfant, je ne me suis jamais demandé pourquoi ces femmes pouvaient ainsi se couvrir le visage. Et, à bien y réfléchir, il est probable qu’elles ne se soient pas davantage posé la question. Telle était leur pratique, et voilà tout.

Aujourd’hui, devenu adulte avec un certain tropisme anthropologique, ces manifestations symboliques en contexte occidental m’intriguent davantage. Les femmes modernes continuent, pour l’essentiel, de se couvrir le visage dans des cadres sociaux bien définis – mariages, funérailles. On peut y voir une « tradition » réinventée, parfois mâtinée de superstition. Mais, à un moment donné, il y a forcément eu une raison pratique.

Du rituel à la fonction : que cache vraiment le voile ?

C’est un peu comme cette histoire de l’enfant qui demande à sa mère pourquoi elle coupe toujours les deux extrémités du jambon. « C’est comme ça qu’on fait », répond-elle. L’enfant insiste auprès de sa grand-mère : « Parce que c’est comme ça que ma mère le faisait. » Il finit par interroger son arrière-grand-mère, qui lui explique que son four, à l’époque, était trop petit pour y faire cuire un jambon entier – d’où les extrémités coupées.

Évidemment, il y a une différence considérable entre porter un voile de mariée et être couverte de la tête aux pieds d’une burqa (et je ne suis pas non plus en train de dire que les femmes sont des jambons). S’écarter de cette norme vestimentaire lors d’un mariage fera peut-être lever quelques sourcils chez les invités les plus conservateurs, mais cela ne vous exposera pas à une arrestation par une police des mœurs.

Reste que ces pratiques de voilement féminin – islamiques ou autres – peuvent répondre à un objectif, ou du moins à une fonction, qui se perd dans le bruit du débat culturel et des critiques féministes. Cet objectif ne nous plaît peut-être pas (indice : il a beaucoup à voir avec la sexualité masculine et le patriarcat), mais il ne s’agit pas de quelque chose imposé arbitrairement aux femmes par les hommes « juste pour le plaisir ».

Et on ne peut pas non plus s’en débarrasser d’un revers de main en invoquant la tradition religieuse, la modestie ou la charia. Ces puissants facteurs sociologiques contribuent certes à faire respecter le voile – parfois avec une violence........

© Le Point