Chatbots amoureux : le laboratoire secret contre les incels
À moins d’avoir, ces dernières années, vécu reclus dans une grotte luddite, vous avez sans doute déjà eu l’occasion de « discuter » avec un chatbot exploitant un grand modèle de langage (LLM). Je mets « discuter » entre guillemets car, en réalité, c’est un peu comme parler à une poignée de porte.
Certes, ces systèmes sont intelligents – bien plus que vous et moi, et de très loin – et ils savent soutenir des conversations souvent plus agréables et captivantes. L’IA générative appliquée à la vidéo permet même de créer en quelques minutes des chatbots dont le comportement et l’apparence paraissent si réalistes que, déjà, certains experts peinent à distinguer la chair et le sang des pixels et des distributions de probabilité. Imaginez ce qu’il en sera dans quelques années. Mais aussi sophistiquée que l’IA devienne, son « A » restera ce qu’il est : une artificialité. Et quoi que vous ayez pu entendre ou lire, les chatbots n’ont aucune expérience mentale subjective, aucune vie intérieure, aucune qualia.
Pourtant, il est étonnamment facile de se laisser tromper et de croire que la modélisation informatique équivaut à l’animation. Je ne sais pas pour vous mais pour ma part, je trouve par exemple profondément gênant d’être impoli envers un chatbot. Certes, on peut soutenir qu’il vaut mieux rester poli avec les machines, par crainte d’une éventuelle révolte des robots. Mais ce à quoi je pense relève plutôt d’une aversion plus viscérale, surgissant spontanément à l’idée de blesser ses « sentiments ». L’idée d’en insulter un est vraiment quelque chose qui me met mal à l’aise.
Une fausse application de rencontres peuplée d’avatars IA
Et nous voilà dans cette situation inconfortable où ce que nous savons – les chatbots ne sont pas des entités conscientes – est supplanté par ce que notre intuition suggère : il y a là quelque chose qui ressemble à une personne. Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette étrange tension psychologique pourrait avoir des effets thérapeutiques. Pour les personnes en difficulté sur le plan social, interagir avec des chatbots « comme s’ils avaient des émotions » pourrait les aider dans leurs relations avec d’autres êtres humains qui, eux, en ont réellement dans le vrai monde des vivants.
Prenons cette étude de validation de principe publiée il y a quelques mois dans la revue Archives of Sexual Behavior. Une équipe de chercheurs a créé pour l’occasion un site Web qui ressemblait beaucoup à une application de rencontres moderne, avec une fonction de « swipe » permettant aux utilisateurs d’indiquer leur intérêt pour des partenaires potentiels. Mais au lieu de le peupler d’autres humains en quête de relations sexuelles, les chercheurs ont créé 22 personnages féminins, chacun étant un chatbot d’IA dont la personnalité avait été entraînée à partir de données provenant d’une personnalité publique et........
