Pause
De mon temps, quand on passait le concours d’entrée à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, il y avait une épreuve d’Homère. Il y avait les épreuves normales de grec, à l’oral comme à l’écrit, où l’on planchait sur des textes de Lucien, Démosthène ou Isocrate. Mais il y avait aussi une épreuve où, comme si la langue d’Homère était une langue à part entière, on vous donnait une page de L’Iliade ou de L’Odyssée à traduire de chic, sans filet ni dictionnaire, devant des examinateurs implacables. Et comme, en effet, cette langue était vraiment à part, comme elle fourmillait de mots rares, voire d’hapax, ces mots encore plus rares que l’on ne retrouvera jamais dans aucun autre texte grec et dont on a peine, en conséquence, à vraiment fixer le sens, il y avait intérêt à avoir lu les deux épopées à fond, de bout en bout, au moins une fois, comme le Talmud. J’ignore si Christophe Ono-dit-Biot, plus jeune que moi, est passé par cette épreuve initiatique. Mais son Odyssée de L’Odyssée (Grasset) témoigne d’une familiarité avec le récit homérique, et avec l’univers qui va avec, que je n’ai plus vue chez grand monde depuis mes années normaliennes. Un monde habité. Vivant. Un monde où l’auteur voyage comme s’il était le sien. Un espace où Schérie, l’île des........
