Protéger nos enfants de l'accès libre à la porno
Les chiffres sont effarants : 10 % du trafic internet mondial se dépense dans la pornographie, 8 milliards de dollars par an, 3 000 $ chaque seconde. Les sites pornographiques connaissent une popularité que l’avènement de l’intelligence artificielle propulse déjà vers de nouveaux sommets.
Impossible toutefois de déterminer la part de clics attribuables aux enfants qui y ont présentement accès librement et de façon illimitée. Les parents doivent veiller au grain, bien sûr, même si ce qui n’est pas toujours évident.
Protéger nos enfants d’un accès précoce à la pornographie est pourtant une nécessité absolue. Pas par pudeur comme l’explique avec justesse la sénatrice indépendante Julie Miville-Dechêne qui lutte pour encadrer cette pratique, mais par besoin de protéger la vie. Pas par candeur, pas par naïveté. Juste pour assurer la sécurité et la vie équilibrée de nos enfants.
Même si nous n’avons pas de chiffres exacts, nous savons que des projets de loi similaires à celui que la Sénatrice souhaite implanter au Canada existent au Royaume-Uni, en France, et dans plusieurs états américains. Or, six mois après l’adoption de cette loi obligeant la vérification d’âge au Royaume-Uni, la société mère de Porn Hub, Aylo, s’est retirée du marché, affirmant que son marché avait chuté de 77 % !
Les contenus pornographiques aujourd’hui accessibles contiennent des scènes projetant un très haut niveau de violence. On y exploite sans réserve la honte, l’humiliation, la dégradation de l’autre, généralement une femme, qui y survit non sans écueils. Les scènes violentes sont présentées comme un jeu que les enfants sont appelés à épouser éventuellement comme modèle.
En raison de leur stade développemental précoce, les jeunes ne sont pas en mesure de saisir les nuances qui distinguent le jeu de la réalité. Car dans le jeu pornographique ambiant, on joue au réel. Et plus ce réel se rapproche du vrai sans toutefois l’être, plus c’est attirant car plus crédible sans exister.
Les parents sont responsables de présenter la vie aux enfants de manière à ce qu’elle soit digeste. Au-delà de la morale, le problème ultime avec la pornographie est que nous sommes absents lorsque nos enfants y sont exposés. Nous sommes donc privés de toute possibilité de les faire élaborer et de les influencer contre les représentations fragmentées et violentes du réel. La bienveillance parentale est essentielle mais elle ne suffit pas à elle seule de faire face au fléau numérique de la pornographie.
Projet de loi S-209 Il faut donc appuyer massivement la sénatrice Miville-Dechêne et son projet de loi S-209 visant à ce que “ toute organisation qui rend accessible sur Internet du matériel pornographique à des fins commerciales (ait) la responsabilité de veiller à ce que les jeunes n’y aient pas accès”.
Ainsi, nous pourrons espérer moins de thérapies pour les petits qui, devenus grands, seront aux prises avec une souffrance destructrice, celle de la dépendance à la pornographie et aux stéréotypes sexuels biaisés.
Caroline Messier-Bellemare Sexologue psychothérapeute
