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Un wagon de tramway retrouve ses airs de jeunesse

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Chaque semaine, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un extrait d’un texte de la revue Continuité, no 188 (printemps 2026).

Tout un destin pour un wagon de tramway hippomobile construit en bois vers 1865 ! Après avoir roulé dans les rues de Québec pendant trois décennies, il devient kiosque de jardin, puis comptoir à hot-dogs au XXe siècle. Depuis 2024, on peut le voir sous cette dernière forme dans l’exposition permanente Le Québec, autrement dit du Musée de la civilisation du Québec.

C’est en 2018 que le musée demande à l’équipe du Centre de conservation du Québec de se pencher sur cet objet peu commun. Documenter son histoire et lui offrir une cure de jouvence n’a pas été de tout repos… Bienvenue à bord du tram no 7 de la Quebec Street Railway Company !

Les années 1860 marquent le début des transports collectifs sur rails à Québec. C’est l’époque où les grandes villes se dotent d’un réseau de métro ou de tramway afin de répondre à la croissance de leur population. Québec, qui connaît déjà les omnibus à chevaux, n’échappe pas à cette tendance, et la Quebec Street Railway Company (QSR) est créée en 1863.

Les travaux commencent l’année suivante par l’installation de rails de bois dans les rues de la Basse-Ville. En 1865 entrent en scène les premiers tramways tirés par des chevaux de la QSR.

Fabriqué à Montréal, notre wagon circule sur la ligne 7, qui dessert les rues Saint-Joseph et Saint-Vallier pour relier les marchés Champlain et Saint-Roch.

Les « petits chars » hippomobiles sillonneront pendant plus de 30 ans les rues de la ville, avant d’être remplacés par le tramway électrique en 1897. À ce moment, un industriel de la région de Kamouraska, Charles-Alfred Roy dit Desjardins, achète la flotte désuète de la QSR pour récupérer le fer de ses roues. Les wagons, ainsi dépouillés de leurs bogies et de leurs plateformes d’accès, sont alors donnés à des proches pour servir, par exemple, de kiosques de jardin. Celui de la ligne 7 connaît ce destin, puis il devient un petit casse-croûte au milieu du XXe siècle, à Saint-André-de-Kamouraska.

On doit à un couple de collectionneurs, Annie et Pierre Cantin, la redécouverte et la sauvegarde de ce rare témoin des débuts de l’époque des tramways de Québec. Ce sont eux qui l’ont acquis dans les années 1980 et offert au musée en 2006. On y aurait servi, selon eux, des hot-dogs, des barres chocolatées et du café.

Photo: Marie-Josée Marcotte, Icône Le wagon du tramway après traitement, prêt pour son installation au Musée de la civilisation.

Sauvetage in extremis

Après plusieurs décennies passées à l’extérieur, le wagon est dans un état déplorable, ravagé par la pourriture et affaissé. Mais il s’avère suffisamment sain pour être traité par l’équipe du Centre de conservation du Québec.

Avant même que l’objet quitte la réserve du Musée de la civilisation, ses fenêtres sont démontées, car plusieurs panneaux de verre sont déjà cassés en raison de la dégradation de leur châssis. Quant aux surfaces peintes présentant de l’écaillage, elles sont recouvertes d’une protection temporaire, soit du papier japon collé avec un adhésif réversible.

Un support temporaire est aussi ajouté afin de soutenir la toiture affaissée. Le wagon a ensuite été congelé à -20 °C pendant 10 jours dans une remorque frigorifique pour éradiquer tout insecte vivant.

Après son arrivée dans les locaux du Centre de conservation du Québec, son traitement se poursuit, à commencer par l’enlèvement du papier japon, la consolidation des finis peints et leur nettoyage. Autant que possible, les inscriptions et les éléments de décor sont mis en valeur, tandis que plusieurs zones modifiées au fil du temps sont retouchées pour préserver l’apparence de la dernière époque active du wagon, lorsqu’il servait de casse-croûte.

Le traitement de la structure débute, quant à lui, par le réalignement des composants à l’aide de supports réglables, de gabarits et de serre-joints. Chaque montant détérioré est alors consolidé avec des résines époxydiques et du bois neuf, pour redonner sa solidité à la structure tout en conservant le maximum de bois d’origine.

Tous les châssis de fenêtres sont également consolidés et les panneaux de verre manquants sont remplacés par du verre d’époque. Une fenêtre a dû être entièrement refaite en raison de la pourriture avancée de son châssis. Cette fenêtre est mise sur pentures d’après les traces et ferrures observées, afin de rappeler le guichet aménagé lorsque le wagon servait de casse-croûte.

L’ensemble du traitement a permis de nettoyer, de stabiliser et de documenter ce vestige d’une époque révolue, l’un des plus anciens wagons de tramway conservés au Québec, tout en préservant l’intégrité physique et historique de ses matériaux. Mission accomplie !

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