Idées|Il y a urgence pour des infrastructures intelligentes pour protéger piétons et cyclistes Maziyar Layegh
Pourquoi attendre des accidents mortels pour protéger les usagers les plus vulnérables ?
Des incidents récents impliquant des piétons et des cyclistes à Montréal rappellent avec force l’urgence d’améliorer les infrastructures urbaines. Comme bien d’autres villes, Montréal fait face à des systèmes de gestion de la circulation désuets qui ne protègent pas adéquatement les usagers les plus vulnérables. Les décès de piétons ont augmenté de 24,6 % en 2024, tandis que ceux de cyclistes ont progressé de 8,3 %, selon la Société de l’assurance automobile du Québec — un signal clair qu’il faut agir sans tarder. Pour améliorer leur sécurité, Montréal doit adopter des technologies de gestion du trafic capables de s’adapter en temps réel, en particulier aux intersections les plus fréquentées.
L’infrastructure actuelle de Montréal, largement dominée par des feux à temps fixe, n’est plus adaptée aux exigences de la vie urbaine moderne. Ces systèmes sont incapables de s’adapter à la présence dynamique des piétons et des cyclistes, ce qui entraîne des situations de risque et des délais inutiles. Même les systèmes semi-actionnés, qui détectent la présence des véhicules, ignorent souvent les piétons, perpétuant des risques évitables. Le besoin de solutions plus intelligentes est aujourd’hui criant.
Les systèmes de contrôle adaptatif du trafic offrent une solution en ajustant les feux de circulation en fonction de données en temps réel provenant de capteurs capables de détecter la présence de piétons et de cyclistes. Ces systèmes peuvent prolonger les temps de traversée ou empêcher certains mouvements conflictuels, comme les virages à droite en présence de piétons, réduisant ainsi significativement les risques d’accident. Des études montrent que la combinaison de ces systèmes avec des technologies de détection automatisée, telles que les capteurs LiDAR et radar, peut atteindre des taux de détection supérieurs à 90 %, tout en limitant les arrêts inutiles causés par de fausses détections.
Montréal s’est engagée dans la démarche Vision Zéro, une initiative internationale visant à éliminer les décès et les blessures graves liés à la circulation. Mais atteindre cet objectif exige bien plus qu’un engagement de principe : il faut repenser en profondeur la gestion des intersections, en passant de systèmes fixes à des approches adaptatives. L’intégration de technologies intelligentes, comme la signalisation lumineuse dynamique et la communication véhicule-infrastructure, peut améliorer la visibilité des piétons et favoriser un meilleur respect des règles de circulation.
La mise en œuvre de ces technologies à grande échelle comporte néanmoins des défis, notamment en matière de coûts et d’expertise. Pourtant, certaines municipalités ont déjà fait la démonstration de leur efficacité. À Kirkland, un système de feux de circulation intelligent alimenté par l’intelligence artificielle a été déployé en 2025 pour réduire la congestion. Comme l’a rapporté CTV News, ce système a permis de diminuer les délais d’environ 22 %, avec des gains encore plus importants aux heures de pointe. Il a également contribué à améliorer la sécurité et à réduire les émissions de CO₂ de plus de 2000 tonnes par an. Ces résultats devraient inciter à accélérer leur déploiement ailleurs.
L’avenir des infrastructures de transport à Montréal passe par l’intégration accrue de ces innovations. Comme l’explique Anna Robak, directrice de la recherche et de l’innovation chez WSP, « les systèmes alimentés par l’intelligence artificielle peuvent analyser des données en temps réel provenant de caméras, de capteurs et de systèmes GPS afin d’optimiser la circulation et d’ajuster les feux de signalisation ». Cette approche permet une gestion plus réactive du trafic et améliore à la fois la mobilité urbaine et la sécurité.
En tant que doctorant en génie des transports à l’Université Concordia, j’étudie les interactions entre conducteurs et piétons dans des environnements urbains complexes, en particulier aux intersections et aux carrefours giratoires où les conflits sont les plus fréquents. À l’aide de simulations de trafic et de modèles comportementaux, mes travaux analysent comment ces interactions influencent la sécurité et comment de légères modifications — comme l’ajustement des temps de signalisation ou l’amélioration de la visibilité — peuvent modifier les prises de décision. Le défi consiste non seulement à concevoir des systèmes plus intelligents, mais aussi à s’assurer qu’ils reflètent le comportement réel des usagers. Sans cette compréhension fine, les meilleures technologies resteront sous-exploitées.
En collaborant avec des acteurs de l’industrie et en exploitant les capacités des systèmes intelligents, Montréal peut franchir une étape décisive vers des rues plus sûres pour les piétons et les cyclistes. Grâce à des investissements soutenus, des partenariats public-privé et un engagement ferme envers Vision Zéro, la ville peut offrir aux générations futures un environnement urbain plus sûr et plus efficace — mais surtout, sauver des vies.
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