«Aucun, c’est déjà trop»
En 1939, un bateau bondé de réfugiés tente d’accoster en Amérique. La permission lui est refusée. Il doit rebrousser chemin.
Le St-Louis avait quitté Hambourg quelques jours plus tôt. À son bord, plus de 900 réfugiés juifs tentent de fuir les persécutions de l’Allemagne nazie. À Cuba, les autorités refusent de reconnaître leurs visas. À Washington, ils ne sont pas autorisés à débarquer. Au Canada, nouveau refus.
Le bateau rebrousse chemin. Certains de ses passagers se retrouvent en France, en Belgique, aux Pays-Bas. Les bottes nazies déferlent sur ces pays. Certains de ces réfugiés finissent arrêtés, déportés, assassinés.
Partout, les Juifs font face aux effets des campagnes de diffamation. Elles encouragent les populations à se dresser contre eux. Dans les couloirs de l’administration canadienne, une formule claque lorsqu’il est question de réfugiés juifs : « None is too many » — Aucun, c’est déjà trop. La brutalité de ces mots donnera son titre à un livre des historiens Irving Abella et Harold Troper.
Au cours des années 1930, dans la presse, dans les discours politiques, dans les administrations, on répète à l’envi que les étrangers représentent un danger. Ils sont présentés comme des rastaquouères, des cosmopolites, des métèques, des parasites. Accusés de menacer la nation, soupçonnés de la dissoudre, ils deviennent des cibles. À force de traquer ces étrangers, la société finit par s’aveugler sur leur réalité.
Banksy vient de donner à Londres une représentation forte de l’aveuglement collectif : un homme, le visage couvert d’un drapeau, marche droit........
