Être pingre avec les pauvres
Peut-être estimez-vous scandaleux que, chaque mois au Québec, 600 000 personnes se présentent à une banque alimentaire, soient contraintes de faire la démonstration de leur état de pauvreté, et obtiennent un repas ou un sac de provisions. Peut-être êtes-vous attristé d’apprendre que, parmi ces bénéficiaires, 200 000 sont des enfants. Étonné, aussi, de constater que 20 % des demandeurs ont un emploi. Consterné d’apprendre que la situation empire année après année et qu’il y a eu, en trois ans, entre 2022 et 2025, 37 % d’utilisateurs supplémentaires de ce service de dernier recours.
L’existence même des banques alimentaires, ici comme ailleurs, est un signe du dysfonctionnement profond d’une société riche comme la nôtre. Un constat d’échec de nos politiques sociales et salariales. Elles ne devraient exister que ponctuellement, au lendemain d’une catastrophe naturelle, ou comme service d’appoint pendant les fêtes de Noël. Mais elles sont devenues, avec les années, une donnée permanente de notre vie collective. Le taux de chômage est historiquement bas. Nous ne sommes pas en récession. Le salaire moyen est en augmentation. L’inflation est maîtrisée. Rien ne justifie que, chaque année, une proportion croissante de la population en soit réduite à devoir dépendre de la charité pour s’alimenter correctement.
Selon les calculs produits fin janvier pour les Banques alimentaires du Québec par la firme de conseil Aviseo, le nombre de Québécois qui devront avoir recours à ce service augmentera de près de 5 % cette année, de plus de 7 % l’an........
