Et si on changeait de regard sur notre réseau de santé?
Le réseau de la santé québécois est souvent décrit comme un système en crise. Pourtant, pour une majorité de Québécois, la prise en charge et la qualité des soins de santé sont une force au Québec. Selon un récent sondage de Léger, 77 % des répondants estiment que les soins prodigués par les travailleurs du réseau sont de bonne qualité, malgré les critiques envers le système dans son ensemble. Les difficultés d’accès persistent, mais des avancées concrètes méritent d’être reconnues.
Ce paradoxe en dit long : si les avancées sont bien réelles, notre perception collective, elle, mérite d’être remise en question.
Car au Québec, lorsqu’on parle de santé, ce sont presque uniquement les ratés qui retiennent l’attention. Les délais, les urgences débordées, les pénuries. Rarement les solutions, les progrès ou les innovations qui prennent forme sur le terrain, alors qu’ils sont nombreux.
À Montréal s’est ouvert mercredi le congrès PLS — Première ligne en santé, le plus grand événement au Canada destiné à l’innovation et aux soins primaires.
Pendant deux jours, plus de 1750 leaders des milieux politique, gouvernemental, communautaire, clinique, technologique, de la recherche et de l’industrie s’y réunissent aux côtés de patients, de proches aidants et de citoyens partenaires, pour repenser ensemble l’organisation des soins et, surtout, passer à l’action.
Ce rendez-vous met en lumière une réalité trop peu visible : le réseau n’est pas figé. Il évolue, s’adapte, innove.
Des avancées tangibles sont déjà à l’œuvre. Plus de 983 000 Québécois supplémentaires sont désormais pris en charge par un groupe de médecine de famille. Le Guichet d’accès à la première ligne (GAP) facilite l’orientation des patients. La télémédecine se déploie à grande échelle.
L’intelligence artificielle commence à alléger la charge administrative des cliniciens, permettant de recentrer le temps sur les soins. Parallèlement, l’accès à des outils d’autosoins et à des solutions numériques permet aux patients et aux citoyens de jouer un rôle plus actif dans leur santé, en amont comme en suivi.
Les pharmaciens voient leur rôle s’élargir, les infirmières praticiennes spécialisées, les sages-femmes, les physiothérapeutes et bien d’autres gagnent en autonomie, et les soins à domicile deviennent de plus en plus connectés.
Dans ce contexte, l’arrivée de Santé Québec semble amorcer un véritable virage : un changement de ton, une meilleure coordination des efforts et de premiers résultats qui témoignent d’une volonté accrue de faire avancer les choses.
Ces progrès ne règlent pas tout. Mais ils existent, et ils comptent. Ils rappellent surtout que le Québec est capable d’innover en santé. La pandémie l’a démontré : lorsque les conditions sont réunies, le réseau peut se transformer rapidement.
Et si on se donnait le droit d’en être fiers ?
Alors, pourquoi avons-nous tant de difficulté à reconnaître ces avancées ? Peut-être parce que, collectivement, nous avons intégré l’idée que le système est irréformable. Que les contraintes sont trop grandes. Qu’il manque toujours de temps, de ressources, de marge de manœuvre.
Et si ce réflexe devenait lui-même un frein ? Car derrière les défis, il y a aussi des femmes et des hommes qui trouvent des solutions, qui collaborent autrement, qui repensent les pratiques. Encore faut-il leur donner l’espace et la reconnaissance, nécessaires pour aller plus loin.
Être en santé, c’est la base de tout. Nous sommes tous, à un moment ou à un autre, patients, proches aidants ou même intervenants du réseau.
Changer de regard sur notre système de santé ne signifie pas ignorer ses failles. C’est reconnaître qu’il repose aussi sur des forces bien réelles et sur une capacité d’innovation qu’on sous-estime trop souvent. Sans naïveté, mais avec lucidité, nous avons aussi des raisons d’en être fiers.
Et si cette fierté devenait un levier pour aller plus loin, au bénéfice de tous les Québécois ? De la vision à l’action.
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