Présomption d’honnêteté
« Les prédateurs peuvent se prévaloir […] de la présomption d’innocence. Je souhaite de toutes mes forces que les victimes puissent aussi bénéficier de la présomption d’honnêteté. » La Courageuse Annick Charrette a lancé cette formule puissante en pleine conférence de presse, mardi matin, alors que la décision de la cour des procédures civiles contre Gilbert Rozon venait d’être rendue.
« Présomption d’honnêteté. » L’expression en soi force le droit et la justice pour les femmes à un tour serré à 180 degrés. Il me semblait important de rencontrer Annick Charrette jeudi, une fois la tempête médiatique de la nouvelle un peu retombée, pour prendre le temps d’aller au fond de l’idée, de ce qui la sous-tend et de ce qu’elle permet. Au fil de la discussion, il se dessine une femme qui est passée non pas seulement de victime à courageuse à victorieuse, mais aussi à experte, à bien des égards.
Experte malgré elle, mais aussi experte par stratégie de résilience, de reconquête de sa propre voix. Souvent, chercher à mieux comprendre ce qui nous est arrivé et comment le combattre aide à retrouver un sentiment d’agentivité, de maîtrise de notre propre vie. Si la Courageuse parle avec autant d’éloquence de ce qui devrait changer dans le processus judiciaire, c’est parce que ce même processus continue d’être, pour les femmes, une épreuve à surmonter, loin d’une expérience de libération de la parole.
Autour d’un café, Annick rappelle que la première fois qu’elle s’est rendue à la police pour parler du viol qu’elle a subi, elle ne s’imaginait pas se retrouver elle-même au cœur d’une lourde procédure. C’est qu’elle avait entendu d’autres femmes prendre la parole — Pénélope McQuade, Julie Snyder, notamment — et qu’elle s’est dit, en........
