menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Quand les étoiles changent de constellation

4 0
tuesday

Dans le royaume surréaliste de la Démocratie Élastique, les candidats ne changent pas de parti : ils muent. Un matin, ils se lèvent, constatent que leur peau politique a pris une teinte différente et se disent que c’est sûrement un signe cosmique. Ils arrivent au parlement en arborant une nouvelle couleur, comme un caméléon qui aurait lu trop de manifestes.

Les électeurs, eux, observent ce ballet depuis leurs fauteuils flottants — car, dans ce monde-là, les fauteuils défient la gravité, mais les promesses électorales, elles, restent lourdement clouées au sol. Ils se souviennent vaguement qu’ils avaient voté pour un parti, une bannière, une direction. Le candidat n’était qu’un messager, un porteur de symbole, un facteur cosmique chargé de livrer le programme sans le froisser.

Mais voilà que le messager décide soudainement de livrer un autre message, d’une autre galaxie, écrit dans une autre langue. Il explique que c’est « pour mieux représenter les citoyens », alors que les citoyens, eux, se demandent surtout pourquoi leur bulletin de vote s’est transformé en papillon et s’est envolé par la fenêtre.

Dans ce monde surréaliste, les partis politiques ne sont plus des organisations : ce sont des constellations mouvantes. On peut passer de l’une à l’autre en suivant un courant d’air, un pressentiment ou un rêve où un poisson géant murmure « changement de cap ». Les élus dérivent d’une constellation à l’autre comme des astres capricieux, laissant derrière eux une traînée de confusion poétique.

Et les électeurs, eux, restent là, tenant leur bulletin de vote comme un ticket pour un spectacle qui s’est transformé en autre chose pendant l’entracte. Ils avaient voté pour la constellation, pas pour l’étoile filante. L’étoile filante, elle, a décidé de changer de trajectoire parce qu’un nuage lui a parlé.

Dans ce théâtre cosmique, une vérité demeure, suspendue dans l’air comme une horloge molle : les gens ont voté pour le parti avant de voter pour le candidat, car le parti représentait la carte du ciel, tandis que le candidat n’était qu’une petite lumière clignotant dessus. Et lorsque cette lumière choisit soudain de clignoter ailleurs, le public applaudit malgré tout, sans trop savoir ce qu’il célèbre, peut-être parce que, dans le surréalisme, tout finit par sembler normal, ou peut-être simplement parce que le spectacle continue même lorsque plus personne ne comprend le scénario.


© Le Devoir