Le déni du réel
L'auteur nous offre ses impressions sur un livre lu cet été. Une occasion de réfléchir au rôle des intellectuels dans la société et du lourd poids de l'Histoire.
Cet été, sous la lumière éclatante du ciel azuréen et la profondeur de la Méditerranée, j’ai lu La saga des intellectuels français, Tome 1 : À l’épreuve de l’histoire, 1944-1968, histoire de bronzer moins idiot.
Il faut du cran pour s’attaquer à l’histoire intellectuelle française de l’après-guerre. François Dosse s’y emploie avec une érudition fluide et un souci de la nuance rarement égalé. Mais au-delà du travail documentaire, ce que révèle son livre, c’est le désenchantement d’un monde d’idées confronté à l’Histoire, à ses tragédies, à ses trahisons. Une France où la gauche intellectuelle, en quête d’absolu, s’est souvent aveuglée sur le réel.
Sartre incarne ici cette impasse : philosophe de l’engagement, certes, mais aussi prêtre sans Église, prêt à toutes les contorsions idéologiques pour ne pas déroger à son grand récit révolutionnaire. Qu’on pense à son silence sur les goulags, à ses éloges embarrassants envers Mao, ou encore à ses ambiguïtés face au FLN et à Castro. La liste est longue. À ses côtés, Beauvoir, également muette sur les crimes de l’URSS, se tait sur son passage à Radio Vichy – fait que Dosse n’aborde pas, comme il omet aussi la période collaborationniste du PCF, alors inféodé à Moscou.
Face à cette gauche de la foi, Camus, lui, est resté du côté du doute. Fidèle à ses........
