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Jean-Christophe Maillot, chorégraphe : « Ma Bayadère met en valeur l’admiration profonde que j’ai pour tous les danseurs avec qui je travaille »

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03.01.2026

Le directeur des Ballets de Monte-Carlo présente « Ma Bayadère », une vision toute personnelle et pointue de ce monument du répertoire classique. Cette nouvelle création s’ancre dans le quotidien d’une compagnie de danse pour qui le studio va devenir le théâtre d’une comédie humaine grinçante et féroce.

« Le point de départ de mes ballets n’est pas uniquement la danse, mais la danse au service de l’humain et de son histoire », aime à dire Jean-Christophe Maillot. Le chorégraphe-directeur des Ballets de Monte-Carlo n’a pas changé au fil des ans. Plus que jamais amoureux d’une danse sur pointes qui vise l’excellence jusqu’à la déraison, il se l’approprie pour nous offrir sa relecture de La Bayadère, monument du Répertoire classique, tout en abandonnant la vision pittoresque du ballet de Marius Petipa (1877) et de Noureev (1992).

Quel est d’abord votre rapport à La Bayadère ?

Jean-Christophe Maillot

Chorégraphe et directeur des Ballets de Monte-Carlo

Il est le même que celui de tout danseur de formation académique qui a commencé la danse assez tôt et qui a toujours été baigné dans cette ambiance musicale si souvent utilisée lors des cours de danse ou lors des concours. Toutes ces variations sont des variations mythiques où on se confronte en général à des choses techniques assez difficiles et qu’on essaye de reproduire.

C’est un point de référence sur lequel tous les danseurs se retrouvent à peu près parce qu’on en connaît tous l’écriture et donc elle est facilement comparable d’un danseur à l’autre.

Je dois avouer que le sujet lui-même, cette vision un peu simpliste de l’Inde, ne m’a jamais vraiment passionné. La musique de Léon Minkus est assez peu passionnante d’un point de vue structurel ou musical. Mais Minkus est un très grand mélodiste. C’est une musique qui vous colle à la peau. Elle est très simple d’accès, mais très efficace.

C’était un peu mon point de départ, qui à la fois m’interdisait de faire cette Bayadère, parce que je n’y trouvais pas intellectuellement suffisamment d’éléments qui me nourrissaient tout en reconnaissant qu’émotionnellement, sentimentalement, c’était quelque chose qui me parlait. Comme lorsqu’on entend une musique qui vous ramène à des souvenirs.

Quel était ce besoin de vous y attaquer mais d’une manière très personnelle, puisque La Bayadère devient Ma Bayadère ?

Oui, alors la raison elle est assez simple, j’ai 65 ans, j’ai fait pratiquement 80 créations. On a beau dire, il existe toujours un moment où en tant qu’artiste on est amené à prendre en compte le regard des autres sur son propre travail. Mais, à un moment, on peut se dire : « Peu m’importe ! Tu peux aller au bout de ce qui te fait vraiment plaisir, de ce qui te donne une vraie joie créatrice. Sans souci d’essayer de paraître. »

Cette Bayadère est donc pour moi l’occasion d’aller le plus loin possible dans un vocabulaire de facture académique. Mais en mettant en valeur l’admiration profonde que j’ai pour tous les danseurs avec qui je travaille. Je les trouve tellement admirable dans leur engagement et dans leur capacité technique à accomplir des choses absolument extraordinaires.

Et puis surtout, j’y ai vu une analogie frappante entre le sujet (la danseuse sacrée qui tombe........

© L'Humanité