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Rémunérations des profs : les enseignants victimes du poids du mammouth

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09.01.2020

Les réactions d'une virulence inouïe à la suite de notre article sur les négociations menées sur les retraites témoignent de la rancoeur qui profonde qui oppose les enseignants et la sur-administration du système par leur employeur. Une fois de plus, c'est la stratégie d'un grand corps national enseignant distribués dans des établissements sans autonomie qui est au coeur du débat... et du malheur enseignant.

Le mammouth de l’Éducation Nationale est-il le premier ennemi de l’enseignant, et son principal producteur de frustrations et de hargne, bien au-delà des conditions salariales souvent dénoncées par les impétrants ? Toute revalorisation salariale est-elle par avance condamnée à échouer tant que le mammouth lui-même n’aura pas été terrassé comme en avait la conviction Claude Allègre ? Plusieurs indices laissent à penser que la réforme la plus urgente en matière d’éducation ne porte ni sur le salaire enseignant, ni sur les contenus d’enseignement, mais sur l’organisation même de ce ministère pléthorique, tentaculaire, sur-administré à coup de circulaires bureaucratiques et d’injonctions paradoxales produites par une caste coupée des réalités.

On relèvera simplement cette affaire sidérante : le 23 septembre dernier, une directrice d’école s’est suicidée sur son lieu de travail en Seine-Saint-Denis.

Dans un courrier envoyé deux jours avant son suicide à de multiples destinataires, cette femme de 58 ans mettait en cause l'Education nationale et ses conditions de travail, détaillant "son épuisement", la solitude des directeurs, ou encore les réformes incessantes et contradictoires.

On apprend par l’intermédiaire du SNES que le ministère, c’est-à-dire l’employeur, a reconnu sans barguigner sa responsabilité dans ce décès. L’explication donnée à cette décision par le ministère laisse sans voix : ce serait une « décision coutumière de l’administration dans ce genre de circonstances, car elle permet d’assurer une protection maximale aux ayant-droits ». Autrement dit, voilà un employeur qui reconnaît sans se poser de question, de façon « coutumière » sa responsabilité dans le suicide de l’un de ses employés, pour que sa famille soit la mieux indemnisée possible. Point. Fermez le ban ! circulez, il n’y a plus rien à voir.

Imagine-t-on ici un mécanisme analogue chez France Télécom, en son temps, chez Renault aujourd’hui, ou dans n’importe quelle entreprise privée ? Le scandale serait immense, et les pleureuses attitrées de la gauche socialiste défileraient devant les micros et les caméras pour dénoncer les méfaits du capitalisme et pour exiger une loi répressive contre ces méchants exploiteurs que sont les patrons. À l’Éducation Nationale, au contraire, le suicide d’un salarié épuisé par son........

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