Danièle Linhart : « S’affranchir du lien de subordination est nécessaire pour améliorer le travail »
Les chiffres sont glaçants : près de 4 salariés français sur 10 déclarent que leur santé ou leur sécurité est menacée à cause de leur travail. L’Hexagone est le pays le plus touché par les dépressions liées au travail en Europe. Et au fil des années, l’autonomie au travail décline pour toutes les catégories socioprofessionnelles.
Dit autrement, le taylorisme n’a pas disparu, il a juste changé de visage : le management moderne mène aussi à l’aliénation, analyse Danièle Linhart, sociologue spécialiste de l’organisation et des conditions de travail.
Pour autant, il n’y a pas de fatalité et des solutions existent, nous explique l’autrice de plusieurs ouvrages sur le sujet. Pour s’affranchir de la souffrance au travail, remettre en question le lien de subordination est nécessaire. Nous en avons discuté lors des Journées de l’économie autrement, organisées par Alternatives Economiques, fin novembre.
Alors même que l’on n’a jamais autant parlé de « bien-être et de qualité de vie au travail », un nombre important de personnes souffrent dans leur profession. Est-ce un phénomène de société massif pour vous, ou un épisode conjoncturel ?
Danièle Linhart : La question de la souffrance au travail, du mal-être, de la dépression, des suicides ou encore du burn-out, est devenue un phénomène massif en France. Et le fait que ces thématiques soient de plus en plus présentes dans les médias, les pièces de théâtre, dans les films ou encore...
Les chiffres sont glaçants : près de 4 salariés français sur 10 déclarent que leur santé ou leur sécurité est menacée à cause de leur travail. L’Hexagone est le pays le plus touché par les dépressions liées au travail en Europe. Et au fil des années, l’autonomie au travail a décliné pour toutes les catégories socioprofessionnelles.
Dit autrement, le taylorisme n’a pas disparu, il a juste changé de visage : le management moderne mène aussi à l’aliénation, analyse Danièle Linhart, sociologue spécialiste de l’organisation et des conditions de travail.
Pour autant, il n’y a pas de fatalité et des solutions existent, nous explique l’autrice de plusieurs ouvrages sur le sujet. Pour s’affranchir de la souffrance au travail, remettre en question le lien de subordination est nécessaire. Nous en avons discuté lors des Journées de l’économie autrement, organisées par Alternatives Economiques, fin novembre.
Alors même que l’on n’a jamais autant parlé de « bien-être et de qualité de vie au travail », un nombre important de personnes souffrent dans leur profession. Est-ce un phénomène de société massif pour vous, ou un épisode conjoncturel ?
Danièle Linhart : La question de la souffrance au travail, du mal-être, de la dépression, des suicides ou encore du burn-out, est devenue un phénomène massif en France. Et le fait que ces thématiques soient de plus en plus présentes dans les médias, les pièces de théâtre, dans les films ou encore, dans les romans l’illustre bien. On peut citer des faits marquants, comme le procès de France Télécom lors duquel trois dirigeants ont été condamnés pour harcèlement moral institutionnel après le suicide de plusieurs employés.
Cela établit qu’il s’agit d’une stratégie de gestion des salariés. Les médecins toxicologues montrent aussi que le nombre de personnes qui prennent des substances psychoactives pour tenir au travail augmente. Cela relève des modalités de modernisation du modèle managérial.
Comment ce modèle managérial s’est-il mis en place ?
D. L. : Il remonte à un événement pas si lointain : Mai 68. Nous avons souvent l’idée d’une révolte des jeunes, des mœurs, une volonté de liberté, mais on oublie que c’était trois semaines de grève générale, avec des occupations d’usine, et que la période a constitué un véritable traumatisme pour le patronat français. Celui-ci........
