Un projet de stockage de CO2 dans le sous-sol inquiète en Seine-et-Marne
Une entreprise néerlandaise souhaite enfouir du dioxyde de carbone dans le sous-sol de Grandpuits-Bailly-Carrois, en Seine-et-Marne, suscitant une opposition locale. Ailleurs, la technique se déploie très lentement.
Grandpuits-Bailly-Carrois, commune de 1 000 habitants de Seine-et-Marne, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Paris. C’est là que la société néerlandaise C-Questra espère créer un site de stockage souterrain de CO2. Le principe : capter du dioxyde de carbone en sortie d’usine ou dans l’atmosphère puis l’injecter à très haute pression dans le sous-sol. Ces technologies…
Grandpuits-Bailly-Carrois, commune de 1 000 habitants de Seine-et-Marne, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Paris. C’est là que la société néerlandaise C-Questra espère créer un site de stockage souterrain de CO2. Le principe : capter du dioxyde de carbone en sortie d’usine ou dans l’atmosphère puis l’injecter à très haute pression dans le sous-sol. Ces technologies sont présentées dans le 6e rapport du GIEC comme potentiellement utiles pour atteindre la neutralité carbone.
C-Questra n’a pas choisi Grandpuits-Bailly-Carrois au hasard. La configuration géologique de ce site semble adaptée à son projet : une roche poreuse, dans laquelle il semble possible d’injecter le CO2 à 1 800 mètres de profondeur, surmontée d’une roche imperméable l’empêchant de remonter. Autre avantage : depuis 2021, un projet de recherche européen, coordonné par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), en étudie la faisabilité théorique.
Ses résultats sont publics et C-Questra compte bien s’appuyer dessus. La start-up a déposé en 2024 une demande de permis d’exploration et de recherche. S’il lui est accordé, elle pourra réaliser des tests d’injection de CO2. Elle aura ensuite besoin d’un permis d’exploitation pour développer un site commercial de stockage, qui pourrait employer une dizaine de personnes.
Sans surprise, un tel projet inquiète localement. L’Association pour la protection de l’environnement du Val du Ru d’Ancœur, qui s’y oppose, a lancé une pétition qui compte aujourd’hui près de 3 000 signatures. « Le dioxyde de carbone sera injecté à très haute pression : il risque de déstabiliser le sol et de provoquer des tremblements de terre », pronostique Alain Damien, le conseiller technique de l’association.
Il craint aussi une acidification des nappes phréatiques par le CO2 et des fuites en surface. Ce gaz devient toxique pour l’être humain quand il atteint une haute concentration dans l’air, et même mortel quand cette concentration se rapproche de 20 %.
Fernanda Veloso, la directrice technique de C-Questra, se veut rassurante : « Le puits d’injection a une vanne de sécurité qui se ferme en cas de problème et empêche toute fuite. » Elle ajoute que la sismicité du sol sera surveillée pour éviter les tremblements de terre.
Quand les maires changent la ville
Cela n’a pas convaincu les élus locaux. En 2025, les conseils municipaux d’une vingtaine de communes ont voté des motions contre le stockage de CO2 à Grandpuits-Bailly-Carrois. La plupart de ces textes reprochent à C-Questra de vouloir acheminer par camions du dioxyde de carbone capté ailleurs. La directrice technique de la start-up répond qu’un transport massif par camions n’est pas d’actualité.
Actuellement, aucun site de stockage de CO2 n’est opérationnel en France. En octobre 2024, un projet visait à en installer un dans le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Il a cependant été abandonné après s’être heurté à une forte opposition locale.
Dans cette même région, un projet pilote de recherche (Lacq-Rousse) a été mené par TotalEnergies entre 2010 et 2013. 51 000 tonnes de CO2 dorment désormais dans un ancien réservoir de gaz naturel. Mais l’expérience n’a visiblement pas emballé les acteurs privés. Outre les contestations locales et les incertitudes techniques, le développement du captage et du stockage de CO2 est freiné par le coût élevé des investissements qu’il nécessite.
Faible engouement des acteurs privés
Malgré tout, le gouvernement français compte toujours sur cette technique et subventionne les industriels pour les aider à concrétiser ces projets. Le stockage fait en effet partie des solutions retenues pour atteindre la neutralité carbone. La stratégie nationale bas carbone n° 3, publiée en décembre 2025, ambitionne de capter 21 millions de tonnes équivalent CO2 par an d’ici 2050. Soit un peu moins de 4 % de l’empreinte carbone de la France, estimée à 563 millions de tonnes équivalent CO2 en 2024.
Ce n’est pas beaucoup… mais ce n’est pas non plus négligeable, rappelle Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine-PSL.
« Ces technologies permettent de décarboner les industries qui ne peuvent pas l’être autrement, explique-t-il. A l’image des cimenteries, car le processus actuel de fabrication du ciment émet forcément du CO2. »
« Ces technologies permettent de décarboner les industries qui ne peuvent pas l’être autrement, explique-t-il. A l’image des cimenteries, car le processus actuel de fabrication du ciment émet forcément du CO2. »
Malgré les difficultés listées ci-dessus, « le nombre de projets CCS (Carbon Capture and Storage) est en progression dans le monde, indique l’Institut national de l’environnement industriel et des risques dans un rapport récent. Mais pour le moment, seules « une quarantaine d’installations sont opérationnelles ».
Pour leurs opposants, le captage et le stockage de dioxyde de carbone constituent une fausse solution à la crise environnementale. « Ils règlent un symptôme du problème climatique sans s’attaquer à ses racines, estime Anna-Lena Rebaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre France, spécialiste des énergies fossiles. Il faudrait plutôt se concentrer sur la réduction de nos émissions. »
