Population et environnement : lever les tabous
Introduction
Depuis janvier 2026, nous sommes 8,3 milliards d’humains à vivre sur notre planète contre 2,5 milliards en 1950. Et alors disent certains démographes, climatologues, économistes, agronomes ? Cette évolution de la population ne serait pas, selon eux, un évènement majeur à prendre en considération pour qui s’intéresse au devenir de notre vie sur Terre, aux effets de l’activité humaine sur notre environnement commun. Curieusement, il faudrait regarder ailleurs. Pire, on devrait plutôt s’inquiéter du déclin démographique que subirait l’Europe et depuis mai 2025 la France également dont le solde naturel (naissances de l’année par rapport aux décès de l’année) serait négatif pour la première fois depuis 1945[1] et mettrait en péril notre système de protection sociale, le financement de nos retraites et même notre place dans le monde. Le même raisonnement est tenu vis-à-vis de l’évolution démographique d’un pays comme la Chine et du monde qui verrait sa population se stabiliser et même peut-être décroître plus vite que prévu.
Les arguments avancés pour nier l’importance de la croissance de la population mondiale souvent les mêmes : la planète n’est pas surpeuplée. Elle peut même envisager de nourrir 10 milliards d’habitants[2]. Il n’y a pas de lien direct entre démographie et changement climatique[3] puisque la croissance de la population en Afrique n’a aucune incidence sur le changement climatique. Ce sont les super-riches, une minorité de la population mondiale (10 %), qui crée le chaos. Il s’agit donc de les taxer afin qu’ils consomment moins et qu’ils transfèrent aux pauvres[4]. D’ailleurs, la population mondiale augmente mais le rythme de sa croissance décélère et nous ne sommes pas loin d’avoir atteint son pic prévu en 2060[5]. La bombe démographique a donc fait pschitt. Mieux, des surcroîts de natalité et de migrations sont et seront les bienvenus pour payer les retraites dans les pays développés, en « déclin » sur le plan démographique, mais également dans certains pays émergents comme la Chine qui voit grossir le nombre de ses retraités[6]. Le solde naturel de remplacement de la population (naissances par rapport aux décès) n’est-il pas négatif dans plusieurs pays européens, et même en France depuis mai 2025 ?[7]
Alors effectivement, il devient difficile dans ces conditions de parler des effets de la population mondiale, a fortiori d’une possible surpopulation, et pour l’avenir d’une nécessaire stabilisation. Ce sujet fait peur, et est même devenu tabou pour des raisons historiques, politiques et religieuses. Ne doit-on pas laisser à chacun la liberté fondamentale d’avoir le nombre d’enfants qu’il désire ? Les tentatives autoritaires de régulations des naissances (Inde) ont laissé de très mauvais souvenirs. Sur le plan politique, ce sont en général les régimes autoritaires qui se préoccupent de population (régime de l’Allemagne nazi, régimes d’extrême-droite) et non les sociétés démocratiques éprises de libertés individuelles et collectives où le génie humain peut résoudre les problèmes les plus ardus. Enfin sur le plan religieux, le « Multipliez-vous » de la Bible résonne encore dans les oreilles des personnes de tradition chrétienne. La régulation des naissances est vécue comme liberticide, politiquement autoritaire, même si elle est engagée en respectant la liberté de chacun.
Dans un tel contexte, évoquer simplement le terme de surpopulation, indiquer que la taille de la population mondiale devrait être intégrée à nos choix d’avenir, faire comme si nous étions tous - riches, pauvres, classes moyennes, pays développés, pays émergents, pays pauvres – dans le même bateau, devient pratiquement impossible.
Alors comment faire pour réintroduire dans le débat public un peu de raison lorsque l’on se risque à aborder les thématiques de la population mondiale et de ses effets sur le plan environnemental, de la démographie, de la surpopulation peut-être, sans être immédiatement taxé d’écologiste pessimiste, de climato-défaitiste, de liberticide en puissance qui interprète faussement ce que prévoient les évolutions futures et les moyens d’y faire face.
Peut-être exposer dans un premier temps les faits. Quelle a été l’évolution passée de la population mondiale et comment les spécialistes reconnus prévoient l’avenir ? La première partie de cette analyse donnera un éclairage sur les statistiques les plus fiables en la matière.
La deuxième partie de cette analyse sera consacrée à l’exposé des thèses dominantes sur la démographie mondiale à savoir qu’il n’y aurait aucune raison de s’inquiéter de ce côté-là puisque aucun lien direct n’existerait entre population et environnement.
La troisième partie essaiera de répondre point par point aux affirmations qui nient l’importance de l’évolution de sa population mondiale sur l’environnement et donc la nécessité de sa réintroduction dans le débat politique. Non en affirmant que ceux qui refusent de prendre en compte ce paramètre se trompent, mais en montrant que l’équation à résoudre afin de permettre le bien-être sur Terre pour nous-mêmes et pour les générations futures est plus complexe qui n’y paraît au premier abord ; qu’en se privant d’intégrer et d’essayer de maîtriser la variable de la taille de la population mondiale, on bascule mécaniquement vers plus de radicalité.
L’évolution de la population mondiale est mesurée avec précision depuis le milieu des années 1950. En 1963, la création de la division population de l’ONU et la généralisation de la pratique des recensements dans la plupart des pays du monde permettent après agrégation d’obtenir des résultats relativement fiables. Avant cette période, la population mondiale est mesurée à partir d’estimations. Les grandes épidémies (peste, choléra), les guerres ou les bouleversements politiques et économiques majeurs (découverte du nouveau monde, traite négrière en Afrique, commerce triangulaire) expliquent les variations, parfois à la baisse. Avant 1700, le taux de natalité et un taux de mortalité sont relativement élevés mais tendent à s’équilibrer.
Il faudra atteindre la fin du XVIII siècle pour que les progrès de la médecine commencent à faire baisser dans certains pays (surtout en Europe) le taux de mortalité, ce qui a enclenché un cycle global et permanent d’augmentation de la population mondiale dont nous ne sommes toujours pas sortis.
Depuis 1700, toutes les simulations du passé montrent que la croissance démographique est avérée sur l’ensemble des continents. D’après l’ONU, nous étions 680 millions en 1700, 1,125 milliard en 1800, 1,76 milliard en 1900, 2,5 milliards en 1950, 4 milliards en 1975, 8,3 milliards au 1er janvier 2026.
Les statistiques d’évolution de la population mondiale enregistrent une croissance relativement forte depuis 1800, ce qui correspond au début de l’ère industrielle en Europe puis aux États-Unis, synonyme d’un progrès de la médecine. D’une population mondiale estimée à 1 milliard d’habitants, nous sommes passés en 2026 à 8,3 milliards d’habitants. Si la population augmente encore, on le doit à l’écart global toujours existant entre un taux de natalité qui reste plus élevé que le taux de mortalité. Un consensus entre experts existe sur la fiabilité de ces chiffres.
On peut également mesurer l’évolution du taux de croissance de la population mondiale et répondre aux questions suivantes : est-ce que cette croissance de la population s’est accélérée (taux de croissance en augmentation), s’est stabilisée (taux de croissance stable) ou a décru (taux de croissance en diminution) ? Les données à notre disposition montrent que le taux de croissance de la population mondiale après avoir atteint un pic dans les années 1950-1960 (2,1 % par an) est depuis plutôt en repli (1 % par an). Cela ne veut pas dire que la population mondiale n’augmente plus. Elle croit toujours fortement en valeur absolue (un milliard en plus en moins de 13 ans pour le passage de 7 à 8 milliards en 2023) mais en valeur relative, le poids des nouveaux arrivants sur Terre est moins élevé par rapport à la population totale. La population mondiale augmente donc avec un taux de croissance moins rapide que par le passé même si l’inertie accumulée de la démographie mondiale tire toujours à une augmentation forte en valeur absolue. Il faudrait que le taux de croissance de la population mondiale soit nul (taux de natalité égal au taux de mortalité) pour que la population mondiale n’augmente plus.
Sur longue période, les données publiées par la division population de l’ONU font référence car elles sont basées sur les statistiques communiquées par chaque pays (estimations, recensements) qui sont ensuite agrégées pour déboucher sur une estimation mondiale fiable.
Cette même division population de l’ONU réalise depuis sa création en 1963 des projections de ce que pourrait représenter à 20 ans, à 40 ans à 50 ou 80 ans (2100) la population mondiale. Si les prévisions à 30 peuvent être considérées comme relativement fiables (inertie élevée, tendance lourde), il n’en va pas de même à plus long terme (prévisions au-delà de 30 ans, c’est-à-dire après 2050 et a fortiori en 2100). Seules les tendances à 30 ans de l’évolution de la démographie mondiale sont prévisibles avec une marge d’erreur relativement faible, d’après la division population de l’ONU et la plupart des démographes. Ainsi à 30 ans, sauf catastrophe nucléaire, épidémies mondiales imprévues, désastres climatiques ou guerriers, on prolonge pour chaque continent les tendances du passé pour réaliser les projections d’avenir qui prévoit une population en 2050 à 9,5 milliards d’individus. À 30 ans, certains continents enregistrent une tendance à la stabilisation de leur population (Amérique du Nord, Europe). D’autres font face à une décélération de la croissance de leur population (Asie). D’autres constatent une croissance toujours très forte de leur population (Afrique et notamment Afrique subsaharienne). C’est donc le croisement de ces évolutions singulières, continent par continent, qui permet d’approcher ce que sera la population mondiale en 2050.
À plus long terme, il est beaucoup plus difficile de prévoir car il n’est plus possible de reproduire les tendances du passé, continent par continent, pays par pays. On est alors obligé de faire des hypothèses sur ce que sera à terme l’évolution du taux de natalité, l’évolution du taux de mortalité, l’évolution des migrations, pays par pays, continent par continent, afin d’approcher quelles pourraient être leurs populations à plus long terme. C’est pourquoi la division population de l’ONU préfère à plus de 30 ans proposer des scenarii dont les écarts sont vertigineux, ce qui dénote une grande incertitude.
Cette incertitude à plus de 30 ans entraîne d’ailleurs la division population de l’ONU à recommander la prudente et à revoir à échéances régulières ses prévisions. Entre deux révisions de prévisions (tous les 3 à 5 ans), les écarts peuvent être significatifs. Entre le scénario 2100 qui théorise la plus faible augmentation de la population, voire sa baisse, et le scénario prévoyant la plus forte augmentation, les écarts peuvent être de plus ou moins 6 à 8 milliards d’habitants, ce qui est considérable. Cette incertitude, assumée par la division population de l’ONU, ouvre la porte à d’autres modélisations concurrentes qui divergent plus ou moins grandement des prévisions de la division population de l’ONU. Depuis quelques années, compte tenu de la baisse constatée du taux de croissance de la population mondiale, certains modèles concurrents de prévision indiquent qu’un pic de la population mondiale pourrait intervenir plus rapidement (2065) que ce que prévoit l’ONU. Ces prévisions ouvrent ainsi la voie à un pic de la population mondiale qui pourrait intervenir à une date beaucoup plus précoce. Selon les statistiques de la division population de l’ONU, il serait encore impossible de prévoir dans le scénario le plus probable l’atteinte d’un pic pour la population mondiale avant 2100. Dans le scénario médian de l’ONU, la population mondiale continuerait d’augmenter après cette date, même si les incertitudes se font de plus en plus élevée à cet horizon.
Sur cette base statistique faite de réalités tangibles – les évolutions enregistrées dans le passé, de projections relativement certaines – les évolutions prévisibles des trente prochaines années – et les scenarii beaucoup plus aléatoires – les évolutions difficiles à prévoir à partir de 2050, le discours dominant, tenu par une majorité d’experts relayés par les médias, s’établit. Il concerne l’importance à donner à ces évolutions, les conséquences de ces évolutions, la façon d’y faire face. Effectivement, sommes-nous déjà en 2026 collectivement en situation de surpopulation ? Risquons-nous d’atteindre un stade de surpopulation ? Peut-on faire face à une population qui augmente encore ? Ou rien n’indique que le concept de surpopulation ait un sens nous allions vers la surpopulation ?
En France à l’Institut National des Études Statistiques (INED), des scientifiques comme Gilles Pison, Hervé Le Bras, Jean-Claude Chesnais font référence dans les réponses qu’ils apportent à ce type de questions. François Héran, plus spécialement spécialisé dans l’étude des migrations, s’agrège au discours dominant.
Que nous disent au juste ces experts ? Tout d’abord, la question de la croissance rapide de la population mondiale depuis plusieurs siècles n’est pas considérée comme un problème majeur et qu’il est en voie de résolution rapide. La thématique de la surpopulation de la planète n’a donc pas lieu d’être. Les prévisions de Thomas Robert Malthus (économiste britannique de l’école classique né en 1766 et mort en 1834) à la fin du XVIII siècle qui voyait la famine s’accroître en Angleterre, du fait d’un taux d’augmentation de la population supérieur au taux d’augmentation des rendements agricoles ne se sont pas révélées exactes et surtout généralisables à l’ensemble de la planète. Du fait de........

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