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Retraite : Blanquer, la Banque mondiale et les poires

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20.12.2025

Il ne se passe pas un jour sans qu’un éditorialiste, un commentateur économique, une autorité académique ou un responsable politique ne fassent pas ouvertement une propagande en faveur de la retraite par capitalisation ou de sa sœur jumelle l’épargne retraite. Avec des arguments qui témoignent d’un degré d’illettrisme économique ahurissant, sinon d’un biais idéologique dépourvu de tout scrupule intellectuel. Les exemples abondent. Prenons-en un pour décortiquer à la fois le fatras argumentaire et le caractère retors de l’affaire.

Dans une tribune parue dans Les Échos du 15 décembre 2025, intitulée « Retraites : pour une troisième voie », l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, livre sa solution qui est un copié-collé du célèbre texte de la Banque mondiale datant de 1994 qui était destiné à dresser les principes néolibéraux des systèmes de retraite à travers le monde[1]. Celle-ci préconisait l’installation de systèmes de retraites fondés sur trois piliers : le premier, collectif, garantissant une couverture minimale ; le second, complémentaire et obligatoire, géré par des groupes financiers ; et le troisième, facultatif et individuel, géré aussi par des financiers.

Jean-Michel Blanquer croit peut-être faire preuve d’invention géniale avec ses « trois étages complémentaires, qui ne s’opposent pas mais se renforcent ». Que dit-il ? « Premier étage : le socle inébranlable de la solidarité ». Solidarité obtenue par un « régime réellement universel par points […] garantissant que chaque euro cotisé ouvre un droit clair, lisible, équitable tout en laissant les citoyens libres de décider de leur âge de départ ». Exactement la réforme Macron-Delevoye avortée de 2019, dont on avait démontré le caractère pernicieux pour ceux et surtout les femmes qui avaient un parcours professionnel haché ou des salaires faibles[2]. Une solidarité que Blanquer chiffre à deux points de pourcentage de moins dans le PIB en quinze ans : au lieu de 14 % du PIB consacrés aux retraites collectives, ce serait 12 %. En valeur actuelle, 2 % du PIB représentent 60 milliards d’euros, soit environ 17 % de moins sur la totalité des pensions. Blanquer s’empresse d’ajouter que les retraites les plus basses seraient garanties, mais avec quoi ? On ne le saura pas.

Avec un tel coup de sabre dans « le premier étage » de la solidarité amputée, place au deuxième « l’instrument de la souveraineté » : un « fonds souverain "France souveraineté" », avec une dotation initiale de 150 milliards[3], alimenté ensuite par « 2 points de TVA supplémentaires (hors produits essentiels) qui permettrait de constituer un actif national de 600 milliards à quinze ans et 1000 milliards à vingt ans ». Pour payer des pensions ? Non : « de quoi financer une politique d’investissement pour nos entreprises, accélérer la transformation écologique, soutenir les secteurs stratégiques et partager la valeur créée avec les citoyens ». Ah, mais, il ajoute : « au moment de la retraite, cet investissement pourrait être utilisé par chaque Français pour compléter son premier étage de retraite ». Passons sur le fait qu’un investissement ne peut pas servir à payer des prestations et que c’est seulement le résultat de cet investissement qui pourrait éventuellement le faire. Mais n’anticipons pas,........

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